Le dernier ouvrage de cet auteur, d'origine palestinienne, est professeur de droit arabe et musulman à l'Institut suisse de droit comparé à l'Université de Lausanne, est une sorte de synthèse du long travail de réflexion critique qu’il a mené sur les fondements juridiques et sur les effets sociaux du droit musulman : un aller et retour continuel entre passé et présent, des structures fondamentales du système juridico-religieux de l'islam aux innombrables, et souvent contrastantes, tensions interprétatives qui, encore aujourd'hui, divisent le monde musulman.
La confrontation, récemment née entre experts et acteurs politiques du monde musulman sur le paradigme des droits de l'Homme, est analysée par Aldeeb Abu Sahlieh non seulement comme un lieu où se mesurent les différences entre les diverses tendances actuellement présentes dans ce monde mais aussi comme le terrain le plus favorable pour comprendre les tensions sociales et les conflits religieux qui se cachent derrière les controverses juridiques et herméneutiques relatives aux sources sacrées (Coran, tradition orale, consensus des sages, etc.).
Une sociologie de la religion, appliquée à l'étude de l'islam, trouve, par conséquent, dans le livre d'Aldeeb Abu-Sahlieh, un matériel de réflexion utile pour une analyse complète des sociétés à majorité musulmane et des communautés musulmanes en Occident. Par ailleurs, le droit dans l'islam est une construction sociale qui, pendant plus de trois siècles, a permis de jeter un pont entre la Révélation et le gouvernement politique de la société et de l'État. Une étude de sociologie du droit musulman serait souhaitable parce que l'analyse du processus de construction de l'apparat juridico-religieux permettrait d'élaborer une typologie du conflit religieux, et de ses formes de régulation, par rapport à un système de croyance, comme le système islamique qui a, généralement, fonctionné, et continue à fonctionner, en l'absence d'un principe d'autorité, du moment que l'on a reconnu en Muhammad le sceau de la prophétie ou la conclusion du cycle de la Révélation. C'est la raison pour laquelle le texte dont nous parlons peut être lu, aussi, par un sociologue. C'est le cas, en réalité non rare, d'un travail possible et interdisciplinaire entre sociologie et droit, en particulier avec les spécialistes du droit comparé, habitués plus que les autres juristes, à passer les frontières qui séparent des systèmes juridiques différents et donc aussi des sociétés diverses qui sont conformées et disciplinées par de tels systèmes.
Le livre, préfacé par Mohamed Charfi, chercheur en droit musulman de l'Université de Tunis. Et le texte se termine par une bibliographie essentielle et une très utile table analytique du Coran : table thématique par grands lemmes et concepts (mariage, divorce, etc.), qui trouvent tous leurs références textuelles dans le Coran.
Une dernière remarque concerne le style : l'auteur a choisi un style didactique – comme l'annonce par ailleurs le titre du livre – efficace dans la communication et, en même temps, précis dans les références et les rappels aux textes fondamentaux du droit musulman. Dans le panorama des études sur les sociétés musulmanes, le livre d'Abu-Sahlieh est à signaler comme un exercice de valeur et bien réussi sur la réalité musulmane.
Source : assr.revues