France (IQNA)- Aujourd'hui, les musulmans, c'est beaucoup de Français

13:01 - April 10, 2007
Code de l'info: 1535714
La mission de l'enseignement catholique, la solidarité en France et dans le monde, catholiques et musulmans dans la France d'aujourd'hui, tels sont les thèmes qui, durant trois jours ont occupé les 105 évêques réunis à Lourdes en assemblée plénière.
Mgr Michel Dubost, président du groupe de travail intitulé « catholiques et musulmans en France d'aujourd'hui », a bien voulu répondre aux questions de Saphirnews. Voici son interview :
Pourquoi avoir consacré une journée à la place des musulmans en France d'aujourd'hui ?
D'abord il faut rappeler que nous avons un service régulier de lien avec l'islam, le SRI, dirigé par le Père Christophe Roucou. Alors s'il y a eu un groupe de travail, c'est qu'au fond il est bon de réfléchir périodiquement sur des sujets importants. D'une certaine manière depuis dix ans, l'islam s'est beaucoup institutionnalisé. Il y a encore dix ans, on pouvait dire que les musulmans étaient dans l'ensemble beaucoup d'immigrés. Aujourd'hui c'est beaucoup de Français. Ce n'est pas tout à fait la même chose. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a changé un peu la donne. De plus en plus de Français musulmans sont totalement intégrés, avec leur volonté de pratiquer dans la société française. Il y a dix ans, nous étions encore très centrés sur l'accueil, sur l'attitude à avoir vis-à-vis des gens qui arrivaient de l'extérieur. On n'est plus, tout à fait, dans le même cas de figure. C'est important de réfléchir sur comment on vit avec des musulmans qui sont aussi citoyens.
Que pensez-vous de toute cette campagne électorale centrée sur le drapeau français et la Marseillaise ?
Je peux en témoigner ici, beaucoup de musulmans se sentent Français. Il y en a bien sûr de toutes tendances comme il y en a de toutes tendances chez nous, les catholiques. Ce qui nous lie c'est la citoyenneté, c'est la langue française, ce qui nous lie aussi c'est que nous avons des voisins qui sont musulmans. Du coup il y a des problèmes qui se posent tous simples, que ce soit le porc ou que ce soit la présence de pas mal de musulmans dans l'enseignement catholique. Il faut donc savoir comment on vit avec eux.
Avez-vous des chiffres concernant la présence de jeunes filles musulmanes voilées dans les collèges et lycées catholiques ?
Je n'en ai aucune idée. Je pense que cela n'intéresse pas grand monde de chercher les chiffres. A mon avis il y en a très très peu. Il est vrai que dans le Nord, l'enseignement catholique est quelque fois très prisé des gens de culture musulmane, mais des jeunes filles voilées cela m'étonnerait qu'il y en ai beaucoup.
Quelles sont vos relations avec les musulmans au niveau local ?
Il existe quatre types de dialogues avec les musulmans.
D'abord le dialogue de la ville. Nos voisins sont musulmans, donc nous parlons avec eux. Heureusement ! On souhaite bonne fête, on s'envoie des mots, qui pour Noël, qui pour l'Aïd, etc. Au moment de la Pentecôte, nous organisons une grande fête dans l'Essonne, et un certain nombre de musulmans sont invités, les uns par amitié, les autres pour participer à telle ou telle table ronde ou discussion. C'est ce que j'appelle le dialogue de la ville tout simplement. Prenons par exemple les problèmes liés aux mariages mixtes.
Le deuxième dialogue qui est un peu différent, c'est le dialogue de l'action. Il n'est pas impossible d'essayer de monter des choses ensemble. C'est très difficile pour des raisons qui ont trait à l'organisation des musulmans, qui n'est pas la même que la nôtre. On a donc deux courants qui ne sont pas organisés de la même manière. Par exemple pour tout ce qui est caritatif, aide aux autres. On a un certain nombre de musulmans qui viennent dans des associations animées par des catholiques. Le contraire n'est pas vrai parce qu'il n'y pas tellement d'associations musulmanes caritatives. L'islam a une générosité très forte mais beaucoup moins organisée que chez nous.
Puis nous avons un troisième type de dialogue, qui est spirituel. Ce sont des croyants et nous aussi, par conséquent on essaye de discuter de la croyance et de la foi.
Sur quelles bases est-il possible de discuter ?
Il existe des bases communes et d'autres qui ne le sont pas. Nos différences sont aussi importantes, mais par exemple moi j'ai été faire une conférence sur Abraham dans une mosquée voisine. C'est intéressant de réfléchir ensemble sur ce que c'est que la vérité, de réfléchir à la place de la théologie, de la réflexion, de l'Ecriture. On ne dit pas la même chose sur Dieu et donc c'est intéressant d'en discuter. Du reste cela permet aussi de prendre conscience de ce qu'on est. C'est comme un Français qui va à l'étranger et qui se découvre un petit peu différent, on découvre un peu son identité parce qu'on ne pense pas comme les autres.
Le quatrième type de dialogue est un peu provoqué par les institutions de la République, la société ou les autres religions. Quelques fois on attend de nous que nous soyons le pont entre les juifs et les musulmans par exemple. Quelques fois la société pense que nous avons quelque chose à dire sur la tolérance.

Source: Safirnews
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