France (IQNA)- François Bayrou dit oui à ce que l’État facilite pour l’installation d’un islam en France

7:50 - April 16, 2007
Code de l'info: 1537104
François Bayrou: "Les religions sont tout à fait légitimes à s’exprimer y compris dans la sphère publique."
Dans une interview avec La Croix, François Bayrou a clarifié ses points de vue sur les questions suivantes:
Question: Parmi ces gestes, le président doit-il inventer de nouveaux rendez-vous, de nouvelles fêtes laïques à côté des fêtes religieuses ?
Réponse: L’idée d’une cérémonie lors de l’acquisition de la nationalité française est une bonne idée. Mais restons-en là. Ne multiplions pas les fêtes nouvelles qui dévaluent les anciennes.
Question: Faut-il revisiter la loi de 1905 sur la laïcité ?
Réponse: La loi de 1905 est l’une des clés de voûte de la société telle que nous l’avons voulue. Je suis un chrétien, croyant, pratiquant, défenseur de la laïcité – et je la défends comme citoyen, mais aussi comme croyant. La foi est beaucoup plus à l’aise dans sa maison lorsqu’elle est libérée de l’influence de l’État et réciproquement. Je considère que l’alliance du trône et de l’autel a été une malédiction qui a fait beaucoup de mal. Une partie de l’anticléricalisme vient de là. La loi de 1905 permet d’ailleurs des accommodements pour que les religions puissent disposer de lieux de culte.
Question: Est-ce à l’État d’accompagner, de faciliter l’installation d’un islam en France ?
Réponse: Oui, si on le peut et si les musulmans le demandent. Là encore, c’est comme s’il y avait une nouvelle famille dans le village. Il est légitime de lui donner sa place et de ne pas la rejeter. Je pense que l’islam aspire à trouver sa place en France. Il y parviendra notamment par le biais des musulmans eux-mêmes, qui ont une référence constante, très forte – parfois plus que d’autres – à la République. De ce point de vue, je suis optimiste.
Question: Quand un musulman se présente d’abord comme musulman et ensuite comme Français, est-ce acceptable ?
Réponse: Pas plus que lorsqu’on disait « catholique et Français toujours ». Il faut apprendre à vivre avec plusieurs identités. Mais observez que ceux qui disent cela sont souvent ceux qui sont sans emploi ou sans espoir d’intégration.
Question: Quelle doit être la place des religions dans une société laïque ?
Réponse: La religion, c’est deux choses. C’est d’abord, pour beaucoup de femmes et d’hommes, un élément de leur vie personnelle, de leur vie de famille et qui est pour chacun d’entre eux une manière de se voir soi-même et de voir le monde. C’est donc un univers intime et très profond, parce qu’il est à la fois personnel, familial et communautaire.
Il y a une deuxième dimension. Les religions s’expriment dans l’espace public en disant ce qui est important pour elles par rapport à l’idée qu’elles se font de l’homme, de la vie, de la mort, de l’accomplissement de l’homme. Les religions sont tout à fait légitimes à s’exprimer y compris dans la sphère publique. Elles sont une donnée importante de notre vie nationale. Les gouvernants, les élus du peuple doivent en tenir compte, mais n’ont pas à obéir à des injonctions des Églises. Pour ma part, je ne me sens pas engagé par des prescriptions qui viennent de l’autorité ecclésiale, malgré le respect et l’affection que, comme homme, je peux avoir pour elle. Je fais très attention à tout cela.
Question: La religion ne doit donc pas être cantonnée à la sphère privée…
Réponse: La foi est du domaine privé. La religion, c’est la communauté des croyants organisés. Et là, il y a une dimension collective. La religion ne peut pas être clandestine. En même temps, dans un pays comme le nôtre, il faut veiller à ce que la République ait toujours la prééminence, qu’elle soit un pas devant. Elle accueille les religions, elle les regarde avec bienveillance, mais elle ne laisse personne prendre le pas sur elle. Et je le dis comme croyant.
Question: Quel est l’apport du christianisme à l’identité nationale française ?
Réponse: Liberté, égalité, fraternité. C’est le double héritage du christianisme et des Lumières. La laïcité est aussi un héritage chrétien, car c’est le « rendre à César ce qui est à César ». La situation et l’égalité de la femme, c’est aussi un héritage chrétien. L’identité nationale, il faut l’honorer, mais ne pas l’exalter. Il faut en avoir conscience, mais pas passer son temps à en parler. Car l’identité, comme toujours, a deux faces : l’une, bienfaisante, signifie qu’on est en accord avec soi-même, et l’autre est névrotique. Il y a une névrose de l’identité qui veut dire : « Je suis bien, les autres sont mal. » À trop exalter l’identité et la Nation, on peut préparer des dérapages.

Source: La croix
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