Article (IQNA)- L’élection de Nicolas Sarkozy, vue du monde arabe

14:57 - May 09, 2007
Code de l'info: 1543871
Avec l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy, une nouvelle page s’ouvre dans les relations avec le monde arabe mais peu d’observateurs s’attendent
De l’autre côté de la Méditerranée, à des chambardements radicaux de la part de l’homme de la "rupture". Parler d’ajustements serait plus approprié, en tout cas d’un changement de style par rapport à son prédécesseur qui avait bâti de solides relations dans la région et s’était fait une réputation d’amis des Arabes, due essentiellement à ses rapports directs et à une tendance soulignée aux vieux compagnonnages tissés aux fils des ans avec une partie des dirigeants arabes. Jacques Chirac, au Proche-Orient, tout le monde semble le regretter et sait qu’avec la France plus rien ne sera comme avant.
En effet, s’il y a une chose sur laquelle la plupart des éditorialistes s’accordent depuis l’annonce de la victoire de Nicolas Sarkozy c’est bel et bien sur le fait, d’abord, que le nouveau président de la République ne maîtrise pas parfaitement le dossier de "l’Orient compliqué" n’ayant pas occupé le poste de ministre de la Défense ni dirigé le Quai d’Orsay. En revanche, depuis la place Beauvau, il s’était fait une réputation d’homme de fer, image que reprend ce matin le journal algérien El-Khabar pour affirmer que "le problème épineux qui hante l’esprit de la plupart des Français concerne toujours le chapitre sécurité qui peut connaître quelques dérapages, en raison de la grande irritation qui caractérise désormais les rapports entre la police et les jeunes des quartiers, consécutive à la politique autoritaire édictée par Nicolas Sarkozy en tant que ministre de l’Intérieur et qui avait abouti à une véritable révolution à l’automne 2005".
L’Algérie, qui attend Nicolas Sarkozy sur un autre sujet aussi sensible sinon davantage, celui du passé qui ne passe pas. El-Watan écrit par exemple dans son édition de ce lundi matin, que "concernant les relations franco-algériennes, Nicolas Sarkozy se montre d’un pragmatisme non dénué de cynisme. S’il écarte la signature d’un pacte d’amitié, arguant que l’amitié n’a pas besoin d’être actée, (il) veut donner la priorité à la coopération économique". Jeudi dernier encore, le Premier ministre algérien Abdelaziz Belkhadem était d’un tout autre avis déclarant au Monde que "la colonisation a été abominable. On ne peut pas se contenter de gestes symboliques pour la condamner. Il faut que ce soit écrit noir sur blanc. Parce qu’un écrit reste". Réponse directe hier de Nicolas Sarkozy dans son premier discours d’après la victoire, salle Gaveau, "je veux en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi et la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres".
Plus à l’est, depuis Beyrouth, Damas ou Riyad, c’est un très prudent "wait and see" qui prévaut sur les intentions d’un nouveau président qui avait accueilli récemment les ambassadeurs arabes en France par un franc et clair "je suis un ami d’Israël" mais pour mieux affirmer par la suite "je suis aussi l’ami des Arabes". Dans ces capitales orientales, tout le monde a acté que Nicolas Sarkozy -qui ne cache pas non plus son souci de ranimer l’amitié avec les États-unis - a concédé à Jacques Chirac la justesse de sa position d’il y a quatre ans contre le déclenchement de la guerre en Irak.
La plupart des observateurs retiennent également les dernières déclarations de Nicolas Sarkozy recevant à la mi-avril le chef d’Etat égyptien à Paris : "J’ai dit au président Moubarak que si j’étais élu président de la République, je souhaiterais avoir avec lui les mêmes rapports confiants et amicaux qu’il entretient avec le président Chirac", avait soutenu celui qui n’était encore que candidat à l’Élysée. Interrogé sur la poursuite de la politique de la France dans la région, il avait affirmé : "il y aura une continuité de cette politique, qui est une politique équilibrée". Premiers pas diplomatiques d’un Nicolas Sarkozy qui abandonnait graduellement l’habit du prétendant fonceur pour mieux se glisser dans la peau du haut et unique responsable de la politique étrangère de la France, le fameux "domaine réservé" qui lui sera, dès le 16 mai, dévolu. (lundi 7 mai 1997 - Noël BASILE)



Les messages des dirigeants arabes à Nicolas Sarkozy :
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika : "Vous connaissant homme d’engagement et de conviction, je sais pouvoir compter sur vous pour impulser ensemble les relations algéro-françaises et leur conférer une ampleur et une profondeur correspondant aux ambitions que nos deux pays se sont assignés". "Je sais que vous accordez comme moi la plus grande importance aux relations entre nos deux pays, relations qui reposent sur des intérêts partagés mais surtout sur les liens tissés par une longue histoire commune qui a laissé des traces profondes dans chacun de nos peuples", ajoute le président Bouteflika. "Nous devons unir nos efforts pour maintenir et développer notre coopération qui, pour être déjà multiforme et riche, n’en recèle pas moins des réserves importantes qu’il convient d’exploiter efficacement en vue du partenariat d’exception que nous ambitionnons pour nos pays", souligne Abdelaziz Bouteflika.
Le roi du Maroc Mohammed VI : "Votre accession à la présidence de la République est un évènement qui retient particulièrement l’attention du Maroc en raison des liens séculaires, variés et profonds qui unissent nos deux pays". Le roi du Maroc s’est outre déclaré convaincu que Nicolas Sarkozy est également animé par la même volonté d’approfondir les liens "historiques" entre les deux pays. Sur le plan international, a-t-il ajouté, la coopération franco-marocaine "s’inscrira, comme toujours, dans la poursuite des mêmes idéaux, ceux de la paix, de la sécurité, des droits de l’Homme, du développement durable et de l’approfondissement du dialogue euro-méditerranéen, si nécessaire à notre région". Pour le roi du Maroc, il existe une "urgence à trouver des solutions à certaines crises persistantes dont l’acuité met en péril la stabilité, la sécurité et le développement de certaines régions, notamment en Afrique et au Moyen-Orient".
Le président égyptien Hosni Moubarak a félicité Nicolas Sarkozy, et l’a assuré de "la poursuite de l’excellence de la relation franco-égyptienne", a indiqué l’ambassadeur d’Egypte en France, Nasser Kamel. Les deux présidents "se sont mis d’accord pour intensifier la concertation entre les deux pays sur le dossier du Moyen-Orient et à l’international", a ajouté l’ambassadeur.
Le chef de la majorité parlementaire antisyrienne au Liban, Saad Hariri, s’est dit "certain, comme le peuple libanais, que les relations historiques entre le Liban et la France se poursuivraient sur les plans politiques, économiques et culturels" pendant la présidence de Nicolas Sarkozy.
Le Hezbollah libanais : "Nous félicitons le nouveau président pour la confiance que lui a accordée le peuple" français, affirme le responsable des relations extérieures du Hezbollah Nawaf Moussaoui qui souhaite une politique plus équilibrée et "moins alignée sur une partie au Liban ou dans la région".


Source: www.agoravox.fr
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