C'est ce travail qu'a entrepris l'an dernier la jeune chercheuse Joanie Bolduc, de l'Université du Québec à Montréal (UQAM). De février 2006 au début de l'année 2007, elle s'est rendue plus de 25 fois à une mosquée du centre-ville de Montréal et à une autre de Cartierville.
Elle s'est assise dans la section réservée aux femmes pour parler à celles qui y prient assidûment et les interroger sur leur conception de la société, leur vie privée et leurs préoccupations.
Si aucune d'entre elles n'était prête à prendre l'étiquette féministe, toutes croyaient profondément à l'égalité des sexes dans presque tous les domaines, a raconté hier Joanie Bolduc à une salle remplie d'experts de l'immigration et de la diversité, rassemblés pour le congrès annuel de l'Association francophone pour le savoir (ACFAS). «Elles revendiquent l'égalité des sexes dans les domaines de l'éducation, au travail, en politique, dans le domaine juridique», a énuméré l'étudiante à la maîtrise.
Au sein de leurs familles et à la mosquée, cependant, le son de cloche est un peu différent. Dans les lieux de prière, elles ne cherchent pas à avoir un rôle identique à celui des hommes ou à devenir imam. «Une d'elles m'a fait remarquer que c'est la même chose dans l'Église catholique», souligne Joanie Bolduc.
En ce qui concerne la famille, les musulmanes pratiquantes interrogées se considèrent comme égales à leurs conjoints, même si elles admettent ne pas avoir le même rôle. Les hommes sont les pourvoyeurs, alors qu'elles ont la responsabilité de la famille. Elles estiment qu'hommes et femmes sont égaux dans cette complémentarité, explique la chercheuse.
Leurs opinions sont-elles conciliables avec celles des féministes? Joanie Bolduc croit que oui. «Les femmes que j'ai rencontrées sont des femmes intelligentes, déterminées, fières d'être femmes et qui revendiquent des droits sur cette base», conclut la jeune chercheuse, qui projette de compléter son étude en interrogeant des Montréalaises originaires de pays musulmans. Ces dernières sont majoritaires : parmi les quelque 120 000 musulmans qui vivent dans la métropole québécoise (45 % sont des femmes).
Source: Cyberpress