Les musulmans du Québec s'apprêtent à ouvrir une première « école musulmane ».
L’école de l’Excellence sera située dans les anciens locaux du Collège Bellevue, sur le chemin Sainte-Foy. Trois classes y seront aménagées : une de maternelle, une de troisième année et une mixte de première et deuxième années. Les matières de base seront dispensées par trois enseignantes francophones diplômées au Québec.
Pour des raisons historiques, les musulmans québécois ont commencé à s'organiser beaucoup plus tard que leurs concitoyens des régions anglophones. Dans la région de Montréal, on compte déjà une bonne dizaine d'écoles musulmanes.
Une enseignante arabe donnera des cours de langue, à raison de neuf heures par semaine. Les enseignants de spécialités, comme les arts et l’éducation physique, s’acquitteront aussi de leur tâche en arabe et les activités se dérouleront dans la langue du Coran au laboratoire d’informatique et à la bibliothèque. « C’est un peu le principe de l’immersion », explique Amira Boulmerka, directrice de l’école de l’Excellence.
L'administration a donné son accord pour le projet. Selon la procédure, le Ministre de l'Education doit aussi donner son accord. Son porte-parole a fait savoir à la presse que le projet remplissait toutes les conditions requises.
La vingtaine d’enfants déjà inscrits proviennent de familles arabes ou mixtes. Ils ont appris les rudiments de la langue à la maison, mais ne maîtrisent pas la lecture ni l’écriture pour la plupart. Mme Boulmerka, par exemple, a appris l’alphabet arabe à ses trois enfants, mais c’est tout un contrat. « À la maison, c’est plus un jeu. Ils n’y mettent pas tous les efforts. » La dame, originaire d’Algérie, tient pourtant à leur léguer sa langue. « Ce serait dommage qu’ils la perdent. C’est une richesse qu’on voudrait leur transmettre. »
C'est en 1990 que l'Association des étudiants musulmans de l'Université Laval (AEMUL) commence à organiser des cours de langue arabe durant les week-ends. Cet enseignement s'adresse aux enfants musulmans de la ville de Québec. Six ans plus tard, le Centre culturel islamique de Québec étend l'initiative à un large public.
Il faudra attendre l'année 2002 pour voir se mettre en place une collaboration avec la direction des loisirs de la ville de Québec. On compte alors quatre vingt dix enfants inscrits aux activités proposées et une dizaine de nationalités.
Forts de ce succès, certains parents musulmans émettent l'idée de l'Ecole de l'Excellence, une école dont « la philosophie d'éducation est inspirée par l'exemple du Coran et de la Sunna ». En 2004, leur initiative recueille quatre cents signatures.
Pour la direction de l'Excellence, « les enfants qui fréquenteront l'École de l'Excellence vivront une immersion dans un environnement multiethnique. Ils profiteront d'un programme d'enrichissement culturel (activités et travaux dans trois langues : français, arabe, anglais) et spirituel (religieux musulman et moral). Les élèves seront ainsi, mieux préparés à côtoyer des personnes à l'héritage culturel différent. Cela leur permettra de développer des capacités de communication interculturelle de façon naturelle et progressive. »
Il fallut attendre les années 1960 pour voir des musulmans francophones arriver et s'installer dans le bassin francophone à la faveur d'une politique d'immigration qui leur était bienveillante. Aujourd'hui, dans la seule ville de Québec, on compte environ 5000 musulmans.
Quant à l’islam, il sera enseigné à raison d’une heure par semaine, soit l’équivalent du temps passé par les autres petits Québécois dans leur cours d’enseignement religieux. « Si les parents le souhaitaient, ça pourrait être plus, mais ils ont vu l’horaire et jusqu’à présent, personne n’a demandé d’en ajouter », souligne Mme Boulmerka.
Le matin, les enfants prononceront de courtes « invocations » pour débuter la journée. La directrice insiste pour dire qu’il ne s’agit pas de prières et traduit les phrases retenues ainsi : « Nous espérons que cette journée démarre bien, qu’elle soit fructueuse et efficace. »
Mme Boulmerka affirme qu’il s’agit d’une formule pour stimuler les élèves dans leurs apprentissages et que tout parent récalcitrant pourrait en soustraire son enfant. L’enseignement moral pourrait d’ailleurs être offert sur demande. « Les enfants de familles québécoises sont les bienvenus », insiste Mme Boulmerka.
L’école musulmane sera financée à même les frais d’inscription des élèves, qui atteignent 2500 $ par enfant par année. Ce ne sera toutefois pas suffisant. Des activités de collecte de fonds seront organisées cet été afin de boucler le budget. « On a suffisamment d’argent pour bien démarrer, mais on voudrait que tout soit réglé pour l’automne », convient Mme Boulmerka.
Le gouvernement du Québec ne mettra pas un sou dans l’aventure puisque l’établissement n’est pas agréé au sens de la Loi sur l’enseignement privé.
La communauté musulmane de Québec compte environ 5000 personnes. Depuis 2003, des parents réclament une école confessionnelle comme il s’en trouve dans les autres grandes villes canadiennes.