Une rencontre dans le cadre de laquelle pas moins de 35 réunions se feront tambour battant autour de plusieurs problématiques, certaines internes à la BID-même.
Au-dela de l’aspect organisationnel de cette grande rencontre annuelle, nous nous sommes plutôt intéressés à quelques problématiques soulevées par le développement de la banque islamique, notamment celle de sa gouvernance par des modèles radicalement différents, en nous inspirant du résultat des recherches de C. Zied & J.J. Pluchart, Doctorant & Professeur des Universités.
Ce serait en 1975, face à la montée des « pétro-dollars », qu’a été créé le premier grand établissement financier musulman, la Banque Islamique de Développement d’Arabie Saoudite, à l’initiative de l’Organisation de la Conférence Islamique. Trente années plus tard, plus de deux cents banques « à guichets islamiques » implantées dans tous les pays (arabes, asiatiques, africains et occidentaux) comportant des communautés musulmanes, couvrent pratiquement tous les métiers bancaires et gèrent des capitaux d’un montant total estimé à près de 400 milliards de dollars. Le taux de croissance de leurs encours – de plus de 15% par an - serait trois fois supérieur à celui des banques conventionnelles. Cette expansion est alimentée par la conjonction de divers facteurs comme l’afflux de « pétro-dollars » dû au nouveau renchérissement des hydrocarbures, le développement des communautés musulmanes dans les métropoles occidentales, la progression du micro-crédit dans les pays en développement, mais ans doute aussi la réaction contre le capitalisme financier international et la résurgence du fondamentalisme musulman.
Malgré l’intérêt qu’elle suscite dans les milieux académiques et professionnels, la finance islamique est présentée tantôt comme "rétrograde" pour ce qu’elle condamne le prêt à intérêt et impose le partage des profits et des pertes entre les emprunteurs et les prêteurs, tantôt comme "moderne" car elle introduit une forme nouvelle de « gouvernance partenariale », s’efforçant de concilier les principes de la finance anglo-saxonne et ceux du Coran (Qur’an), de la loi islamique (Shariah), de sa jurisprudence (Fiqh) et de sa tradition (Sunna). Des principes souvent jugées contradictoires et qui reposent sur un droit de la propriété uniquement fondé sur le travail, l’héritage et/ou l’échange, sur une utilisation juste du capital (contribuant à la fois à l’enrichissement personnel et au bien commun) et sur un rapport équitable des co-contractants face à l’incertitude et au risque.
Le premier fondement de la loi islamique est la condamnation du prêt à intérêt sur les opérations financières et commerciales (riba) ; l’intérêt préétabli fait supporter par l’emprunteur l’essentiel du risque d’un projet ; cet interdit peut être cependant levé en certaines circonstances (Rahman, 1964).
Le second principe évoqué par les chercheurs impose aux banques de partager avec leurs clients les profits et les pertes issus des projets financés, et de redistribuer une partie (au moins 2,5%) des gains (zakat) à la communauté musulmane.
Le troisième pilier vise à conformer les projets financés aux préceptes de l’Islam : le financement des activités illicites, incorrectes (haram) liées à l’alcool, au tabac, aux jeux, aux animaux impurs, aux armes, à la pornographie…, ou purement spéculatives (gharar), est ainsi interdit (non halal).
Source: Sudonline