Elle a porté le nom de son défunt mari qui était canadien mais elle est en réalité française, née à Bordeaux et moitié gitane de par son père qui venait d’Espagne. Elle a passé son enfance dans un petit village du Sud-Ouest.
Elle a donc grandit en entendant toujours le même discours sur ses amies voilées, qui d’ailleurs ne se voilaient pas par crainte d’être ridiculisées ou méprisées, ce qui était souvent le cas.
Ayant fait sa thèse de doctorat sur l’écrivaine algérienne Assia Djebar, elle a beaucoup étudié l’Islam et la place des femmes en particulier dans cette religion. Elle n’est pas musulmane elle-même. Elle a été élevée catholique mais avec une influence gitane assez prononcée.
Elle aime et respecte profondément l’Islam qui est l’une des religions monothéistes les plus articulées et intelligentes. Elle ne fait pas de discours sur le Hijab en ce qui concerne l’obligation de le porter ou non. Par contre elle voudrait proposer une perspective différente sur le Hijab et le droit des femmes musulmanes à porter le voile en public dans un pays non musulman comme la France.
Elle a organisé, dans l’université où elle enseigne, un « Hijab Day », c’est-à-dire une journée du voile où toutes les femmes et jeunes filles du campus pouvaient porter un Hijab pour essayer de se mettre dans la peau d’une musulmane voilée. Elle avait l’appui total des associations d’étudiants musulmans de l’université ainsi que celui de la communauté musulmane de la ville.
Des jeunes filles musulmanes ont apporté des dizaines de Hijabs et ont installé des stations d’essayage pour celles qui voulaient tenter l’expérience.
Le succès de cet évènement a été incroyable. Son intention n’était ni religieuse, ni politique, mais humanitaire en soutien aux musulmanes.
Les étudiants musulmans de son université lui ont invitée à joindre à eux tous les vendredis pour leurs réunions hebdomadaires. Elle portait donc le Hijab ce jour-là par respect pour ses hôtes musulmans. C’est alors qu’elle a commencé à vraiment comprendre la gravité de la situation.
Alors elle a eu cette idée : puisque le Hijab est un symbole que tout le monde associe directement à l’Islam et que les femmes qui le portent sont devenues des cibles vivantes, pourquoi ne pas brouiller un peu la perception de ceux qui pensent que de harceler et insulter des femmes voilées est acceptable.
Si pour une journée presque toutes les femmes sur le campus portent un Hijab alors ceux qui d’habitude les attaquent auront peut-être la surprise de se trouver face à leur professeur, ou leur sœur, leur mère, leur conjointe, etc.
Son intention n’était pas de prendre position pour ou contre le voile mais d’attirer l’attention du public et des média sur la discrimination injuste dont souffrent ces femmes en particulier, et les musulmans en général.
Il semble que l’Islam soit une religion que tout le monde aime détester : la droite, la gauche, les féministes, etc. Pourtant très peu connaissent vraiment cette religion et la place très importante que les femmes y occupent.
Elle insiste toujours sur le rôle des femmes musulmanes quand elle enseigne les principes de l’Islam à ses étudiants car il est faux et injuste de penser qu’elles sont insignifiantes ou qu’elles n’ont rien à dire.
Elle travaille actuellement avec un groupe d’étudiants musulmans motivés et intelligents et ils vons étendre le Hijab day au reste des universités canadiennes. La tâche n’est pas facile mais les progrès qu’ils réalisent avec ce genre d’évènement pacifique valent bien quelques efforts et sacrifices.
« J’ai un peu honte de mon pays, j’ai suivi les débats sur le voile, en particulier l’échange houleux entre Siham Andalouci et Loubna Méliane. Je dois dire que de voir deux jeunes femmes intelligentes se déchirer sur un sujet tel que le Hijab me rend malade. Je connais bien les techniques de la colonisation pour les avoir étudiées en profondeur. La stratégie de diviser pour mieux régner ne date pas d’hier et dans le cas de l’Islam la politique française d’assimilation a toujours visé la femme musulmane pour déstabiliser la religion de ceux qu’ils voulaient coloniser» : a-t-elle dit.
Encore une fois elle précise qu’elle ne place aucunement dans ce débat-là. Par contre elle propose une autre perspective sur le problème en passant par l’éducation et la tolérance. Des évènements tels que le Hijab day sont des véhicules pacifiques et éducatifs qui ne font de mal à personne. Le succès de cet évènement dans son université le prouve : beaucoup de musulmanes qui ne portent jamais le Hijab sont venues le porter ce jour-là sur le campus.
Certes elle a été attaquée et insultée mais ma conviction n’en n’est que plus soutenue.
Elle ne sait pas si une journée du voile serait possible en France mais elle dit qu’elle est prête à en parler publiquement et à prendre la responsabilité de proposer l’évènement.
Elle participe à une conférence internationale à Paris dans le courant du mois de Juillet et elle invite les musulmans à lui joindre car elle va animer un atelier sur le Hijab day avec une délégation d’étudiants de McMaster qui vont partager leurs expériences avec l’islamophobie et le racisme. Cette conférence est organisée par un institut australien.
Elle est passionnément convaincue que seule une ouverture sincère et un dialogue franc peuvent combattre une injustice qui ressemble de plus en plus aux pires leçons d’histoires, celles-là mêmes que l’on s’était promis de ne jamais oublier.
Selon cette femme intellectuelle: «Il est inacceptable de traiter les musulmans qui vivent avec nous, et qui sont par ailleurs des citoyens français ou canadiens comme les autres, comme des ennemis.»
Interdire le port du Hijab pour des raisons de laïcité en France ou de sécurité au Canada (par exemple les jeunes filles qui pratiquent certains sports comme le football et le judo et qui sont exclues de leurs équipes) cache en réalité des sentiments bien peu républicains ou sécuritaires.
Muriel Walker pense que le racisme est toujours aussi intolérable qu’il soit craché en plein visage ou dissimulé derrière des prétextes redondants et peu solides.
Elle ne veux pas aggraver la situation actuelle mais vu le climat politique actuel depuis les dernières élections présidentielles, elle pense que ça vaut la peine d’essayer de se calmer et de se parler.
Source: mcmaster.facebook.com