Situé au nord du massif du Qalamoun à plus de 1 300 mètres d’altitude, le monastère de Saint-Moïse l’Abyssin (Deir Mar Moussa al-Habachi) était abandonné depuis 1831.
Un soir de 1982, un jeune Italien se retrouve perdu en plein désert syrien et consacre sa vie à la reconstruction du monastère situé à 80 km au nord de Damas.
Deux ans plus tard, il est ordonné prêtre dans le rite syriaque-catholique (une des branches orientales du catholicisme). Sous son impulsion, des bénévoles arabes et européens travaillent alors à faire revivre le lieu, qui abrite une église construite en 1058 et recèle de somptueuses fresques.
Aujourd’hui, les fresques datant des XIe, XIIe et XIIIe siècles ont retrouvé leur couleur d’origine grâce à une école de restauration italo-syrienne financée avec le soutien de l’Union européenne. « La fresque la plus impressionnante représente le Jugement dernier », explique Dima, jeune moine orthodoxe originaire de Homs (centre).
Le monastère possède désormais « un capital touristique qui intéresse l’État syrien », soulignent des archéologues. En 1991, le père Paolo obtient des autorités chrétiennes locales l’autorisation d’installer une communauté monastique à Mar Moussa. Rapidement, des hommes et des femmes le rejoignent, pour la plupart des Syriens chrétiens. Houda, melchite (chrétien orthodoxe) de Damas, ingénieur agronome de formation, accueille les jeunes femmes qui se présentent au noviciat.
La règle de vie tient en trois priorités, « une vie de prières, le travail manuel et une hospitalité sans condition », affirme le père Paolo. « Une bibliothèque de 10 000 volumes a été rassemblée, des séminaires sur le dialogue interreligieux sont régulièrement organisés », explique la bibliothécaire Nathalie Vierucci.
La particularité de ce monastère chrétien réside en effet dans son ouverture sur l’islam. Dans l’église, le visiteur peut encore lire des inscriptions arabes. Commençant par l’invocation musulmane « Au nom de Dieu le Miséricordieux, le Compatissant » et se référant au calendrier islamique, ces écritures « prouvent que l’Église catholique syrienne était à l’époque parfaitement intégrée dans l’environnement arabo-musulman », explique le père Paolo.
Le prêtre a voulu perpétuer cette tradition d’ouverture entre religions. Aujourd’hui, la prière se fait deux fois par jour et en arabe, un choix pour cet Italien qui se présente comme un « extrémiste du rapprochement islamo-chrétien ».
Le père Paolo reste convaincu qu’« un monastère chrétien oriental dans le désert participe au mystère spirituel du monde musulman et à sa vocation ».
Source: lorient-lejour