L’Orient médiéval est effectivement une période riche en épisodes chevaleresques tout autant du côté musulman. Cette période, faites de conflits incessants entre peuples et religions, a logiquement légué à l’humanité un foisonnement d’armes et de parures militaires, qui sont toutes des œuvres d’art islamique à part entière.
La magnifique couverture consacrée à l’exposition que propose la revue Connaissance des arts islamiques incite le curieux à faire un saut au cœur de l’Institut.
L’exposition ne présente pas seulement des pièces issues du monde arabe, mais également et surtout des œuvres du monde musulman, allant de l’Empire des Janissaires à l’Inde des souverains moghols, de la cour des derniers sultans de l’Espagne musulmane aux steppes de la Horde d’Or. On se dit alors que l’Institut devrait se rebaptiser "Institut du monde arabo-musulman", mais cela n’empêche pas d’apprécier une si belle introduction en la matière.
Encastrés dans de grandes parois de verre, les premières armes présentées sont des sabres, des cimeterres et des masses d’arme. Il n’y a pas de parcours précis, l’ensemble de la grande salle étant décoré de panneaux pédagogiques sur les périodes islamiques. Ici et là, sont incrustés dans les murs de la même salle de véritables extraits de miniatures, petites merveilles de l’art persan et musulman.
Quelques-unes proviennent du légendaire Shah Name ("Livre des Rois" en persan), du plus célèbre écrivain Ferdowsi (ou Firdousi). De petits cavaliers combattant souvent à cheval, le tout coloré de motifs fins et de paysages charmants. Un bonheur de décoration parmi ces armes qui évoquent avant tout le sang et la mort.
Pourtant, les armes présentées sont avant tout des œuvres : la hache de derviche ottomane est fait d’un acier fin, le tout décoré de frises dorées ; la masse d’arme des Ghourides en forme de tête d’éléphant, bien que faite dans un bronze sans éclat, présente un bestiaire surprenant dans la région du Khorassan ; non loin de là, les sabres richement décorés de représentations florales, très courantes dans l’Inde moghole, comportent des gardes de type européen. On ne s’étonnera donc pas de trouver quelques exemplaires des plus belles armes forgées par un grand armurier vénitien et offertes aux souverains orientaux.
Puis suivent les casques et les armures. La plupart se ressemblent, notamment les casques en forme de turban en pointe des cavaliers seldjoukides et des dynasties turcomanes. Mais même parmi les armures et les casques des Turcs, des Mamelouks et des Moghols, on retrouve constamment des motifs floraux et des sourates extraites du saint Coran.
Puis une seconde salle inférieure est à visiter : après avoir descendu un nouvel escalier, on découvre une vaste collection d’arcs islamiques, de bagues d’archer, mais également de coutelas qui rivalisent dans l’extravagance des couleurs et des pierreries précieuses.
En effet, les chevaux de l’Orient médiéval étaient richement parés pour la guerre ou pour le transport de la Kiswa (l’étoffe recouvrant la Ka’ba) à La Mecque.
L’éclectisme de l’exposition ne se trouve pas dans la variété des pièces, elle est incontestablement présente dans la nature même des objets islamiques qui sont forgés et décorés. Par exemple, une dague forgée par un atelier de Damas représente étrangement Saint-Georges terrassant le dragon. Cette arme, gravée d’un symbole occidental par un atelier musulman, était destinée à un chevalier croisé.
Trônant au milieu de la première salle, on apprend que ce masque stylisé, aux traits purs et finement fleurdelisés, était utilisé pour masquer les cavaliers musulmans. Fait de laiton et d’argent, il devait appartenir à un cavalier séfévide de Crimée. Et comme le précise l’exposition, ce type de masque n’est pas unique dans le monde musulman.
Un bel œcuménisme entre civilisations musulmanes, qui nous fait penser qu’au-delà de son usage militaire, une telle œuvre pouvait rapprocher le génie artistique des peuples d’Orient et d’Occident.
Source: agoravox