Le grand Imam n’arrive pas à sécher ses larmes. Les eaux ont emporté une bonne partie de sa fortune, de sa vie, de son histoire. " J’avais un grenier de 15 sacs de mil, un appartement de quatre chambres et surtout une centaine de livres saints et plusieurs versions de Coran…
Rien n’est resté. Il me sera difficile de reconstituer ma bibliothèque ", se lamente l’homme, qui ajoute que dans son Coran de chevet, il avait caché 50 000 francs. Amis et connaissances continuent à affluer au domicile du marabout, ou à ce qui en reste : une cabane servant de cuisine qui a résisté à la furie des eaux. Au soir de jeudi même, le marabout a fait évacuer sa femme et ses cinq enfants, pour le domicile de son frère cadet. Et Yérima qui n’entend pas se déplacer passe ses nuits sur les décombres de sa résidence. " A la belle étoile et en se réchauffant avec le feu de bois ", indique-t-il, l’air triste.
En fait, les inondations de Mokolo, chef-lieu du département du Mayo-Tsnaga, ont fait d’énormes dégâts. Selon des informations concordantes, confirmées par les autorités administratives qui gèrent cette catastrophe, on déplore la disparition de six personnes, toutes situées dans le secteur de Tourou, à une douzaine de kilomètres de la ville de Mokolo.
Là où la fameuse rivière qui traverse la cité prend sa source. Parmi les disparues, une femme et cinq enfants. Selon des sources préfectorales, on dénombre déjà cent cinquante familles sinistrées. " Si on part du postulat que chaque famille compte dix membres, on peut estimer qu’il y a plus de mille personnes sans abri ", évalue le préfet Mamadou Bala. Les eaux de la petite rivière qui se jette dans le Mayo-Oulo ont tout dévasté sur leur passage : habitations et plantations, situées le long de cette rivière qui passe de Zimangayak (Sarki Fada) à Nassarao (non loin de la résidence du préfet). Il ne reste plus que des amas de terre, des décombres.
Partout, c’est la désolation et les lamentations. Sarki Fada et Nassarao ne sont plus que des quartiers fantômes. Les habitants ont déménagé. Ce dimanche, certains sont revenus pour fouiller sous les décombres quelques objets qu’ils espèrent récupérer. D’autres, comme Wakili de Nassarao, ont commencé à reconstruire les murs qui sont tombés.
Mais Yérima Babadjika, comme bon nombre des sinistrés, boudent les sites d’hébergement provisoires retenus par les autorités municipales et administratives. Ils préfèrent squatter chez leurs proches et leurs connaissances. Personne n’est allé à l’école publique Groupe II. Encore moins à la permanence du parti. " Ils sont libres de rester où ils se sentent mieux ", relativise le préfet.
Pourtant, les autorités de la ville ont promptement réagi pour gérer cette catastrophe. Juste après la fin des pluies de jeudi (de 14 h à 17 h), le préfet et le maire, Damien Zokom sont descendus dans les quartiers sinistrés, pour prendre des nouvelles et recenser les dégâts. Dans la même soirée, Mamadou Bala a mis en place un comité de suivi et de sauvetage, chargé de gérer cette catastrophe. "
La mairie a débloqué une enveloppe pour assister les sinistrés ", ajoute le préfet. Les villageois rappellent que ce n’est pas la première fois que cette rivière sort de son lit. Certains se souviennent qu’il y a cinq ans la ville avait été aussi sous les eaux, mais les dégâts n’étaient pas aussi importants que cette année. Les autorités qui entendent d’abord gérer en priorité cette crise estiment que les zones inondées sont des quartiers à risques qu’il faudra déguerpir, pour éviter des catastrophes pareilles à l’avenir
Source : Camer