Hayrünisa Gül, 42 ans, mariée depuis 27 ans à Abdullah Gül, très vraisemblablement le prochain chef de l’Etat, s’affiche en public avec cette coiffe.
Et au-delà, elle avait saisi la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), lorsque son mari était ministre des Affaires étrangères, parce qu’elle s’était vue interdire l’accès à l’université en raison de son foulard.
La procédure avait finalement été abandonnée en 2004 après que la Cour eut débouté une jeune Turque voilée qui contestait cette interdiction strictement appliquée en Turquie.
Le couple Gül a une fille, Kübra, âgée de 22 ans, qui est aussi voilée. Elle a fait partie pendant quatre ans de celles qui ont dissimulé cette pièce d’étoffe sous une perruque, une façon de permettre aux étudiantes musulmanes militantes de transgresser l’interdiction du port du foulard dans les universités.
L’AKP (issu de la mouvance islamiste) n’a pas réussi à assouplir cette interdiction depuis sa première arrivée au pouvoir, en 2002, en raison de l’opposition de la hiérarchie favorable à la laïcité.
Le voile, un symbole identitaire fort chez les électeurs de base de l’AKP, irrite les laïcs, et la polémique autour du fait de savoir si un homme dont l’épouse arbore le voile islamique peut prétendre aux plus hautes fonctions au sein d’un Etat laïc ne date pas d’hier.
"C’est moi qui serai président, si je suis élu, et non ma femme", a sèchement tranché mardi M. Gül, devant un groupe de journalistes de la presse étrangère.
Il a évoqué un "choix personnel" de son épouse et a rejeté d’éventuelles frictions avec l’armée qui considère que le port du foulard équivaut à un soutien ostensible à l’islam politique.
A la question les généraux mettront-ils une certaine distance avec lui s’il est élu, M. Gül, qui deviendra également dans cette hypothèse le commandant en chef des forces armées, a répondu : "absolument pas (...) j’ai travaillé très étroitement avec l’armée pendant mon mandat de ministre".
L’armée procède régulièrement à des purges d’islamistes de ses rangs et les femmes des officiers ne peuvent porter le foulard.
En revanche, nombre d’épouses de dirigeants de l’AKP sont voilées, à l’instar de celle du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.
Selon un comptage effectué par le journal Hürriyet, les épouses de 235 députés (sur 550) du nouveau Parlement issu des législatives du 22 juillet, largement remportées par l’AKP, sont voilées.
La presse laïque soulignait mercredi les problèmes découlant du fait d’avoir une Première dame voilée au palais présidentiel, un poste très symbolique car il a été occupé par le père fondateur de la Turquie, Mustafa Kemal Atatürk.
Toutefois, Mme Gül ne sera cependant pas la première à se présenter avec cette coiffe au palais présidentiel de Cankaya. En effet, Latife Ussaki, l’éphémère épouse d’Atatürk, était voilée aux débuts de la république fondée en 1923, avant de se dévoiler avec les réformes laïques.
Source: armenews