Maher Ali, dix-neuf ans, est un étudiant musulman de première année à l'université de Georgetown à Washington, et c'est la première fois qu'il prend part sans sa famille au ramadan, le mois saint de l'islam réservé au jeûne et à l'introspection.
Arrivé à l'université il y tout juste deux semaines, il connaît peu d'étudiants et encore moins de musulmans.
Il est fort éloigné de son pays, le Bahreïn, et de sa famille. Cela ne l'a pas empêché de respecter le ramadan dès le premier jour, le 13 septembre.
« La journée a été longue », a-t-il déclaré à l'USINFO lors de l'iftar, le repas organisé le soir pour rompre le jeûne.
Pendant le mois du ramadan, qui se termine cette année le 13 octobre, les musulmans ne mangent ni ne boivent durant la journée et ne rompent le jeûne que lorsque le soleil s'est couché.
Pour les quelque 450 étudiants musulmans qui suivent les cours à l'université de Georgetown, les premiers jours du ramadan sont toujours les plus difficiles, a expliqué à l'USINFO l'imam Yahya Hendi, chef de prière des musulmans à Georgetown depuis huit ans.
Pour les plus jeunes, habitués à la nourriture que leur cuisinait leur mère et au soutien de leurs frères et sœurs, les premiers jours exigent un véritable ajustement, surtout si leurs camarades de chambre non musulmans ne savent pas grand-chose des rites de l'islam.
« L'université de Georgetown fait en sorte que les musulmans ne se sentent pas dépaysés », a souligné l'imam Hendi, que la femme et les enfants sont venus retrouver pour le premier iftar. « J'encourage mon mari à rompre le jeûne avec les étudiants. Je voudrais qu'il soit le gardien de ces enfants qui sont loin de leur famille », a précisé Mme Hendi.
La majeure partie des aliments présentés pour l'iftar du 13 septembre avait été préparés par l'Association des étudiants musulmans et l'Association des étudiants pakistanais.
L'université de Georgetown est la plus ancienne université des États-Unis. Aujourd'hui, elle accueille des étudiants de religions diverses et permet l'observation des rites propres à de nombreuses religions.
Les réfectoires, par exemple, ouvrent plus tôt que d'habitude pour permettre aux étudiants de manger avant le lever du jour pendant le ramadan.
Lydia Habhad, étudiante de vingt-deux ans de Dearborn (Michigan), a adopté une routine particulière pendant le ramadan. Elle se lève très tôt pour manger avant le lever du jour, reste éveillée jusqu'à 3 heures de l'après-midi et fait la sieste jusqu'à 5 heures. Elle se joint ensuite à un groupe d'études jusqu'à l'heure de l'iftar.
Aux États-Unis, les étudiants musulmans font partie d'une nouvelle vague d'Américains. Selon l'imam Hendi, 90 % des étudiants musulmans de l'université de Georgetown sont nés aux États-Unis et comme les parents ne sont pas sur place pour les encadrer, le respect des rites sur le campus est une affaire plus personnelle.
« Ces jeunes étudiants ne diffèrent en rien des autres étudiants américains lorsqu'il s'agit de l'intérêt qu'ils portent à leur forme physique, au sport et aux relations sociales, mais ils sont très pieux et font preuve d'une grande responsabilité dans leurs engagements personnels », a expliqué M. Adnan Hannan, un conseiller de la Banque mondiale qui participait à l'iftar du 13 septembre à l'université de Georgetown.
Ayant surpris la conversation d'une étudiante de Floride qui se demandait si elle devait supporter l'équipe de basket de Georgetown ou celle de l'université de Floride, M. Hassan a fait valoir : « Ces étudiants doivent trouver leurs repères entre plusieurs caractéristiques identitaires. Et lorsqu'ils participent à l'iftar, ils se retrouvent avec des gens qui pensent comme eux et en tirent un certain réconfort, mais ils n'ignorent pas pour autant qu'ils font partie intégrante de la fibre de la société. »
Si son corps crie parfois famine, Chadi Ibrahim, étudiant en troisième année de médecine, affirme que le jeûne lui donne du dynamisme, lui permet d'oublier les préoccupations quotidiennes et l'aide à se concentrer sur les tâches les plus importantes.
Et c'est là le but, a souligné l'imam Hendi, car l'idée du ramadan, c'est d'encourager les musulmans à réfléchir à leur vie, à leur foi et à partager leurs sentiments avec d'autres. « Le ramadan, c'est de contrôle dont il s'agit, du contrôle de sa faim et du contrôle de sa colère », a-t-il précisé.
Chadi Ibrahim se garde de manquer le repas du matin avant le jeûne, et surtout, il boit de l'eau pour éviter la déshydratation. Durant le ramadan, il ne se recouche pas toujours après la prière matinale s'il se lève très tôt et, dit-il, il accomplit davantage de tâches ces jours-là.
D'autres étudiants musulmans disent partager cet objectif : tout faire mieux, c'est-à-dire être de meilleurs musulmans et se sentir mieux dans leur peau.
Source: usinfo