A une heure et demie de l’après-midi, surgis de nulle part, des avions de chasse irakiens bombardent l’aéroport et tous les centres stratégiques du pays sous les yeux terrifies de la population désorientée.
Les racines d’un conflit
A cette époque, il y avait déjà plusieurs mois que Saddam Hussein, chef du régime irakien, avait remis en question les accords d’Alger de 1975 qui précisaient le tracé de la frontière irano irakienne au niveau du fleuve Arvand (appelé Chatt-el-Arab par les arabes).
D’après ce traité, le milieu de l’Arvand était la frontière naturelle séparant les deux pays.
Depuis plusieurs années -pour ne pas dire plusieurs siècles-, un conflit latent existait entre Perses et Arabes ou Ottomans au sujet de cette frontière.
Seulement, avant la Révolution Islamique, le Chah d’Iran, couronné gendarme du Moyen-Orient par les Américains, était bien trop protégé par ces derniers pour que Saddam Hussein puisse révéler ses ambitions belliqueuses et expansionnistes.
Cet état de choses change après la proclamation de la République islamique en Iran.
Dans le contexte de la Guerre Froide, les Iraniens rejettent à la fois le bloc de l’Ouest et de l’Est, et préfèrent l’indépendance et la liberté dans les cadres d’une république islamique.
Les Américains et Occidentaux cherchent quant à eux un moyen de renverser ce nouveau régime et de remettre en place un gouvernement qui leur soit plus favorable.
Ils ne voient donc pas d’un mauvais œil les ambitions irakiennes.
D’immenses prêts sont donc faits à l’Irak et d’énormes masses d’armes franchissent les frontières irakiennes en vue d’être utilisées contre les Iraniens.
Apres la Révolution islamique et surtout après le brutal arrêt des relations irano- américains, l’armée irakienne qui avait commencé dès mars 1980 à attenter des raids sur les territoires frontaliers, durcit le ton et augmente l’intensité de ses attaques.
En septembre 1980, l’armée irakienne lance des attaques de peu d’envergure et occupe plusieurs kilomètres de territoire iranien.
Le dictateur irakien avait ordonné cette occupation pour mesurer la capacité de riposte iranienne et évaluer les réactions internationales.
L’armée iranienne ne peut riposter. De même, l’opinion internationale accueille avec indifférence la nouvelle de cette tension territoriale.
C’est finalement le 31 shahrivar 1359(22 septembre 1980) que débute la massive attaque, massive irakienne contre l’Iran, une attaque qui se solde par la plus longue guerre du 20ème siècle ; l’une des plus sanglante et qui fut en même temps un épisode très marquant de la longue histoire de l’Iran qui se caractérisa par une valorisation de qualités humaines telles que le sacrifice, le courage, l’héroïsme ainsi que par un retour à une certaine forme de spiritualité.
La guerre commence officiellement le 22 septembre 1980 à 11h00 du matin, à la suite du coup tiré par un char T-72 de la caserne de Baaghoobeh vers les lignes iraniennes.
Apres cela, des attaques aériennes massives débutent de la cote irakienne et de nombreux aéroports et centres stratégiques iraniens sont bombardes.
D’autre part, l’invasion terrestre débute avec de longs pilonnages d’artillerie pour « préparer le terrain », tuant en quelques heures des centaines de civils. L’aviation irakienne participe également à cette “préparation”.
Les bombardiers irakiens prennent pour cibles les points stratégiquement importants : bases militaires, aéroports, usines, raffineries, mais également les villes frontalières de Khorramchahr, Abadan et Dezful.
Ce geste des Irakiens est d’abord et surtout une manœuvre de la guerre psychologique, censée démoraliser l’adversaire.
C’est également dans cette optique que l’invasion terrestre de l’Iran ne débute qu’après de violents tirs de barrage.
L’offensive terrestre irakienne porte sur plusieurs kilomètres.
La troisième division blindée se lance sur Abadan et Khorramchahr.
Elle est soutenue par la 5ème division blindée, la 33ème division des Forces spéciales ainsi que la 11ème division d’infanterie irakienne, positionnée de l’autre cotée de l’Arvand, qui bombarde intensément ces deux villes.
L’armée irakienne dispose également d’un soutien aérien puissant et son artillerie pilonne massivement Abadan et Khorramchahr.
Cependant, l’offensive irakienne échoue, violemment repoussée par les soldats et volontaires iraniens.
Le régime baassiste avait choisi comme stratégie d’invasion « la guerre éclair » et plus précisément une « offensive de trois jours », qui, dans l’optique irakienne, allait permettre à son armée d’atteindre la capitale iranienne et de renverser le gouvernement de la République islamique.
Mais la vigilance de l’imam Khomeiny contribue à déjouer ce plan.
Le 22 septembre 1980, lors d’un meeting, il aborde très calmement et le thème de l’attaque iraquienne en rassurant la nation désorientée et démoralisée.
Deux jours plus tard, il s’adresse aux Forces Armées en ces termes : « J’attends de toutes nos forces armées qu’elles coopèrent ensemble et qu’elles vainquent l’ennemi. »
Ces paroles contribuent à redonner une certaine confiance aux Iraniens qui se tiennent dès lors prêts à defender leur territoire.
L’armée irakienne réussit à occuper plusieurs centaines de kilomètres carres de territoire iranien dès la fin de la première semaine du conflit.
Cependant, dans certaines régions, les résistances acharnées de la population et la guérilla urbaine l’empêchent d’atteindre ses objectifs.
Elle parvient simplement à occuper de petites villes comme Ghassre Shirin, Naft Shahr, Soumar, Mehrân, Dehlorân, Moussiân et Bostân.
Les grandes villes comme Abâdân, Ahvaz et Khorramchahr restent longtemps imprenables. La cause essentielle de l’incapacité de l’armée irakienne à atteindre, même de loin, les objectifs prévus en Iran est la vigueur de la résistance nationale et locale.
Cette résistance est un facteur décisif tout au long de la guerre, étant donnée qu’elle n’avait pas été prévue par les Irakiens.
Pourtant, c’est elle, encadrée par le Sepâh ou Bassij, qui casse net la violence de la première vague de l’offensive irakienne et joue un rôle déterminant aux côtés de l’armée régulière, qu’elle épaule et seconde tout au long des huit années de guerre qui suivent. Ainsi, la stratégie irakienne ne parvient pas à atteindre les objectifs prévus sur les fronts oust et sud.
Source: La revue de Téhéran