En effet, bien qu’ils soient liés par la foi en une seule religion, et bien que leurs rituels soient les mêmes et qu’ils se dirigent tous dans leur prière vers une seule Qibla, les musulmans d’Europe appartiennent à divers ethnies, nationalités, courants culturels, intellectuels et rituels.
Il a ajouté que s’il est vrai que les musulmans constituent une seule nation, il n’en demeure pas moins qu’ils forment des communautés d’origines multiples, sachant que cette diversité n’entame en rien la fraternité islamique qui constitue le trait d’union entre tous les musulmans, précisant que les communautés multiethniques qui forment la présence islamique en Europe ne peuvent être, logiquement et rationnellement, jugées dans leurs agissements, pratiques et comportements de manière collective et uniforme.
Il a précisé lors de ce colloque international organisé par le Centre d’études andalouses et du dialogue des civilisations et inauguré ce matin à l’Institut du Monde arabe à Paris, que la communauté islamique en Europe est une partie intégrante du monde islamique et que s’il est vrai que les musulmans, où qu’ils soient, forment une seule nation, il est tout aussi vrai que les présences islamiques dans les différentes régions du monde constituent, ensemble, le monde islamique. Loin de se limiter aux Etats membres de l’OCI plus les minorités islamiques en Inde, en Chine, en Fédération de Russie, aux Philippines, en Afrique du sud et dans d’autres pays, le monde islamique, a-t-il précisé, est plus vaste, étant donné que les minorités et communautés islamiques en Europe, aux Amériques, au Japon et en Australie en font également partie.
Il a par ailleurs souligné que cette nouvelle représentation du monde islamique n’est pas en contradiction avec le principe de souveraineté des Etats, puisque tous les Etats, sans exception, sont souverains par définition.
Ceci, a-t-il expliqué, s’applique également aux 57 Etats membres de l’OCI, car il y a une différence entre la conception géographique et constitutionnelle d’une part, et la conception spirituelle et civilisationnelle, d’autre part. Et de continuer : « quand on avance que tous les musulmans sont, au niveau spirituel et civilisationnel, partie intégrante du monde islamique, cela ne traduit aucunement une quelconque ingérence dans les affaires des Etats où vivent des minorités et communautés islamiques et n’entame en rien la citoyenneté de celles-ci ni leur appartenance aux pays où elles sont établies ».
En outre, il a indiqué que les musulmans en Europe ne sont pas tous des communautés islamiques, mais des communautés et minorités islamiques. « En effet, bien que minoritaires dans les pays européens, a-t-il souligné, ces musulmans, qu’ils soient européens de souche ou d’origine étrangère, sont des citoyens à part entière.
Ils font par conséquent partie intégrante du tissu social européen, sachant que l’Europe ne définit pas le concept de minorité et de majorité selon le critère de l’appartenance religieuse ».
Le Directeur général de l’ISESCO a également affirmé que la responsabilité du monde islamique vis-à-vis de la présence islamique en Europe est une responsabilité religieuse, culturelle et morale qui n’implique toutefois aucun engagement matériel ou juridique de quelque nature que ce soit, mais des obligations religieuses conformément au principe de solidarité islamique stipulé par ce verset du saint Coran : « les croyants sont des frères ».
A cet égard, il a précisé : « Prêter main forte aux musulmans où qu’ils soient dans le monde, leur venir en aide, les soutenir dans leurs questions justes, les assister et les appuyer dans les limites permises par les lois en vigueur dans les pays d’accueil, quelles qu’y soient leurs conditions de vie, est à la fois un devoir et un droit : un devoir pour les organisations et institutions islamiques spécialisées, et un droit du musulman envers son frère coreligionnaire, d’autant que cette obligation d’entraide n’implique aucune violation des lois locales ni une quelconque ingérence dans les affaires intérieures des Etats ».
Dans la même veine, il a soutenu que les musulmans en Europe ont besoin d’aide dans les trois domaines vitaux suivants : la sensibilisation religieuse par une approche sage et rationnelle, l’éducation et l’enseignement selon les méthodes pédagogiques modernes, l’appui financier pour la construction de mosquées et d’institutions éducatives et culturelles.
Il a poursuivi en affirmant que les efforts consentis par l'ISESCO pour venir en aide aux musulmans d’Europe s’inscrivent dans le droit fil d’un objectif primordial auquel l’Organisation s’attelle toujours, à savoir la sauvegarde de l’identité religieuse et des spécificités culturelles et civilisationnelles des musulmans en Europe, de façon à les prémunir contre tout ce qui est de nature à engendrer l’extrémisme et le fanatisme qui sont, comme vous le savez, le prélude au repliement et la voie vers la déviation et la violence.
Le Directeur général de l’ISESCO a déclaré lors du colloque international dont il a présidé la première séance ce matin : « la responsabilité du monde islamique vis-à-vis de la présence islamique en Europe procède de la responsabilité collective des musulmans, où qu’ils soient, envers leurs coreligionnaires résidant en dehors des pays islamiques, là où sont réunies les conditions favorisant l’éducation islamique et les moyens de prévention des influences nuisibles à l’identité et aux spécificités religieuses, culturelles et civilisationnelles ».
Il a également rappelé que les campagnes hostiles menées par des milieux extrémistes européens contre l'islam et les musulmans en général, la propagation de l’islamophobie et les accusations d’extrémisme et de terrorisme portées injustement contre cette religion ont des retombées négatives, voire dangereuses. Elles constituent, a-t-il affirmé : « l’un des graves problèmes qui irritent les musulmans en Europe et dans le monde entier ».
Le Directeur général a conclu son allocution en adressant un appel aux sages et aux défenseurs de la coexistence entre les adeptes des différentes civilisations pour conjuguer et intensifier leurs efforts en vue de faire face aux campagnes de dénigrement, de discrimination et d’injustice sociale et de promouvoir la culture de la tolérance et du respect mutuel, partant du principe que ceux qui sont le plus aimés de Dieu sont ceux qui prennent soin de Ses créatures.
Source: IINA