Un reportage sur le dialogue interreligieux en France

14:37 - November 25, 2007
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Lyon (IQNA)- Le dialogue interreligieux n'est pas une idée nouvelle puisque dès 1954, Louis Massignon a instauré un pèlerinage islamo chrétien, au Vieux Marché, (côtes d’Armor) et que les premiers groupes GIC, ont vu le jour en.
À la suite de la conférence de Seelisberg, en 1947, et sous l'impulsion de quelques personnalités comme Jacques Maritain, les catholiques sentirent l'urgente nécessité de revisiter de fond en comble la relation qu'ils avaient avec les autres religions.
Le thème du dialogue inter-religieux fut, avec l'œcuménisme, l'un des thèmes évoqués lors du concile Vatican II entre 1962 et 1965. La déclaration Nostra Ætate est le document fondateur du dialogue interreligieux contemporain qui règle les nouvelles relations entre chrétiens, juifs, musulmans, bouddhistes et hindous. En 2005, les chefs religieux se sont rencontrés pour célébrer le quarantième anniversaire de sa promulgation.
Plusieurs évènements ont marqué la recherche de dialogue :
– les rencontres d'Assise du 27 octobre 1986 et du 10 janvier 1993 ;
– les dialogues avec les jeunes musulmans à Rabat le 9 août 1985 ;
– la venue de Jean-Paul II à la synagogue de Rome le 13 avril 1986.
L'encyclique Redemptoris missio consacre trois paragraphes au dialogue interreligieux (n° 55, 56, 57).
Mais ce qui fait l'originalité de la rencontre de ce week end, c'est qu'elle réunissait des imams et des prêtres, des acteurs du terrain, en prise directe avec les fidèles et leurs problèmes et leurs interrogations.

Dont il a été question ce week end, il a été organisé par les responsables de communautés chrétiennes et musulmanes de Lyon (400 km de Paris) qui s'étaient rencontrées lors d'un voyage effectué en Algérie en février 2007 avec le cardinal Barbarin. Y étaient présents, à peu près 120 musulmans et 80 chrétiens venus de huit départements. Il y avait une cinquantaine d'imams, des aumôniers des prisons et des hôpitaux, des conférenciers, des responsables associatifs, et des cadres religieux.


La question était de savoir si chrétiens et musulmans, et notamment les acteurs de terrain, tels que prêtres et imams pouvaient dialoguer?

Plus de 200 personnes, prêtes et imams, se sont réunis samedi dernier 17 novembre au lycée Maurice La Mache de Lyon (8ème arrondissement), autour du thème 'mieux se connaître pour agir ensemble'. Au programme, conférences, débats, et ateliers de travail ayant mené à des conclusions et autres recommandations en vue d'un dialogue franc et d'une "meilleure connaissance mutuelle", selon les termes employés par Jacques Bolon, responsable du pôle Maghreb islam au diocèse de Lyon

Azzedine Gaci, président du CRCM Rhône-Alpes et recteur de la mosquée 'Othmane' de Villeurbanne a proposé de se réunir acteurs de terrain, autour d'un sujet "Mieux se connaître pour agir ensemble". Au sommet, si l’on se connaît un peu, sur le terrain peu se rencontrent et quand c'est le cas, c'est toujours de manière, a estimé Azzedine Gaci.

Jacques BOLON : L'origine remonte à peu près à un an, lorsqu' avait été décidé un voyage commun entre chrétiens et musulmans en Algérie. C'est le point de départ. Au cours de ce voyage, une réelle amitié s'est créée. On s'est dit qu'il fallait faire autre chose, aller un peu plus loin dans le sens d'une meilleure connaissance mutuelle, parce qu'on s'est aperçus au cours de ce voyage que chacun de notre côté, nous avions soit des idées préconçues, soit on ignorait ce qu'était l'autre.

Après les conférences un peu générales sur la présentation des institutions réciproques, le rôle d'un prêtre et d'un imam, la foi chrétienne et la foi musulmane, les débats en ateliers ont été beaucoup plus importants.

A l'issue de cette rencontre, une conclusion s'impose: il faut travailler ensemble, multiplier ce type de rencontres, de façon à démolir les préjugés sur les uns et les autres, qui sont tous animés de la foi et de spiritualité.
Le deuxième enseignement de cette première rencontre interreligieuse c'est de se parler honnêtement et surtout de donner à tous l'occasion d'approfondir sa foi en allant chercher les réponses que l'autre pose sur notre religion.

Au cours des huit ateliers, il a été questions de sujets d'actualité tels que le don d'organes, l'euthanasie, la fécondation in vitro, l'enseignement du fait religieux à l'école.

J. B. : Là je pense que pour le débat de fond, ça prendra plus de temps. Et ça passera d'abord par la connaissance mutuelle, et il faut que cette connaissance mutuelle s'approfondisse. Je pourrais répéter les mots du cardinal Barbarin qui, à Lourdes, avait dit qu'il fallait passer par plusieurs étapes. On partait de la peur, ensuite on parle de tolérance, on supporte l'autre en fait, puis on passe au respect de l'autre, et il faut aller jusqu'à l'admiration de l'autre. Je crois que durant notre journée de samedi, nous en étions au respect de l'autre, parce qu'on se comprend mieux, mais il me semble que nous n'en sommes pas encore à l'admiration.


De toutes ces rencontres, un compte-rendu sera publié avec les recommandations et conclusions de chacun des huit ateliers Par exemple, l'atelier des réalités pénitentiaires a souhaité que se réunissent au moins une fois par an, les aumôniers musulmans des prisons et les chrétiens, et que le personnel pénitencier ait une notion des religions qu'ils côtoient dans les pénitentiaires afin de faciliter le rapport entre les surveillants et les détenus.
Concernant l'accompagnement de fin de vie, il est apparu que les aumôniers sont depuis plus longtemps présents dans les hôpitaux et ont donc une très grande expérience et il faudrait faire en sorte que les rapports entre les aumôniers musulmans et les personnels hospitaliers soient pacifiés.

La leçon primordiale de cette première journée de dialogue interreligieux au niveau des acteurs de base des deux religions, l'Islam et le christianisme, c'est de chercher à éliminer tout ce qui peut diviser, tout en gardant à l'esprit que chacun a sa spécificité spirituelle

Avant que ne soit envisagés le dialogue interreligieux avec d'autres communautés religieuses et notamment le judaïsme, il y a encore du chemin surtout qu'il ne peut se concevoir sans la perspective de la construction de l'Europe, or, l'axe constitué par les chrétiens et les musulmans est prépondérant , tout simplement parce qu'ils sont les plus nombreux comme le souligne l'imam Gaci. "Il faut absolument que nous arrivions à nous entendre très bien sur un certain nombre de sujets, à être sincères, à dire les choses le plus naturellement possible, à discuter des choses qui fâchent, comme le problème des conversions qui gêne aussi bien les musulmans que les chrétiens, celui des mariages mixtes, celui encore du prosélytisme. Une fois que ce dialogue sera en marche, on pourra l'étendre à toutes les autres communautés."
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