Le dialogue interreligieux, pour quoi faire ?

13:59 - December 23, 2007
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Montréal (IQNA)- À quoi sert le dialogue interreligieux ? L’un de ceux qui peuvent aujourd’hui répondre à cette question en toute sincérité est le professeur Patrice Brodeur, titulaire de la chaire de recherche sur l’islam à l’Université de Montréal, qui se trouvait il y a quelques jours au Liban, à l’invitation de l’ambassade du Canada.
La visite de Patrice Brodeur au Liban s’inscrivait dans le cadre d’une tournée qui l’a mené également en Égypte, en Libye, en Arabie saoudite, en Jordanie et en Syrie.
Au Liban, Brodeur a rencontré diverses personnalités et groupes engagés dans le dialogue interreligieux, notamment le Groupe arabe pour le dialogue islamo-chrétien présidé par Riad Jarjour.
Pour Patrice Brodeur, le dialogue interreligieux n’est plus un luxe réservé à une élite, mais une nécessité de civilisation. Il est passé par divers stades polémiques et apologétiques, mais à présent, il doit atteindre le stade historique et critique qui convient.
À mesure que les sociétés se rapprochent les unes des autres grâce aux médias, au développement des moyens de transport, au réseau informatique, le besoin de se connaître se fait de plus en plus urgent. Le temps où on se concentrait sur les différences n’est plus. Aujourd’hui, c’est sur les valeurs communes que l’on se concentre, en développant une culture de l’acceptation des différences, mais dans le respect de la vérité, ou plutôt de la recherche de la vérité.
Les vastes connaissances du Pr Brodeur lui ont permis de développer une typologie du dialogue interreligieux. C’est que les formes du dialogue évoluent.
Hier, explique l’expert universitaire, ce dialogue était encore le fait de personnes, de quelques « orientalistes » qui avaient compris l’islam du dedans. Aujourd’hui, grâce à la mutation technologique, ce dialogue s’opère par associations interposées. Il s’agit d’un nouveau stade. Mais il reste insuffisant, et le dialogue, pour porter ses fruits, doit déboucher sur des actions concrètes prises au niveau gouvernemental.
Le dialogue interreligieux doit s’institutionnaliser. L’ONU a déjà pris les devants et a créé des structures de dialogue interreligieux et posé les chartes de ce dialogue. Les États doivent prendre exemple sur ce travail pionnier et avancer aussi dans la même direction.
Les liens entre le dialogue interreligieux et le pluralisme est évident. Mais le pluralisme, note Patrice Brodeur, ne se limite pas à l’acceptation des autres religions.
Il s’étend à d’autres modes d’être et de penser, d’où la nécessité, comme le souhaite le P. Georges Massouh, directeur du centre d’études islamo-chrétiennes de l’Université de Balamand, de développer « une théologie de l’altérité ».
Alors, pour en revenir à la question initiale « à quoi sert le dialogue interreligieux ? », disons qu’il est d’abord et avant tout un instrument de connaissance de l’autre, un instrument au service de la paix. On pourrait penser que dans un pays comme le Liban, le dialogue interreligieux est inutile, puisque le brassage d’individus appartenant à des communautés différentes – ce qu’on appelle aussi dialogue de vie – est permanent.
Pourtant, même avec cet atout indéniable, le dialogue interreligieux reste déterminant.
Le contact fréquent des chrétiens et des musulmans sur les bancs de l’école, les lieux de travail, le temps de loisir, ne suffit pas à combler le fossé de l’ignorance réciproque, à l’origine de tant de malentendus et de méfiance entre les communautés religieuses au Liban. Et ce que nous vivons en fait foi.

Source: lorient-lejour

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