Le Royaume-Uni encourage lui aussi la finance islamique

10:44 - January 01, 2008
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Londres (IQNA)- La banque islamique, qui, il y a une dizaine d’années, était encore une activité confidentielle, est devenue une composante importante de la finance mondiale, grâce, notamment, aux banquiers et emprunteurs occidentaux.
Ces derniers se disputent l’argent frais qui afflue dans le golfe Arabo-Persique grâce à l’augmentation des recettes pétrolières.
Ainsi, Citigroup gère ce qui est devenu la première banque islamique du monde en termes de transactions.
Depuis le démarrage de cette activité, en 1996, le groupe américain a réalisé environ 4,6 milliards d’euros d’opérations respectant la loi islamique. HSBC, la Deutsche Bank, ABN Amro, la Société générale, BNP Paribas et Standard Chartered ont également créé des unités spécialisées.
En Malaisie, les instruments financiers islamiques représentent actuellement 10 % des opérations financières publiques et privées, soit 6 % de plus qu’en 2000. En Turquie, première économie du monde musulman, le numéro un du marché, HSBC Turquie, a octroyé 438 millions de dollars de prêts aux entreprises l’année dernière, contre 50 millions en 2001.
Même le Royaume-Uni encourage fortement cette activité, dans l’espoir de prévenir l’extrémisme au sein de la minorité musulmane et de retenir les capitaux dans le cadre légal.
Un haut responsable de la finance britannique s’est rendu dans le Golfe en 2002 pour demander aux investisseurs arabes de participer au capital de l’une des premières banques de dépôt islamiques indépendantes en Occident.
Depuis son ouverture, en novembre dernier, l’Islamic Bank of Britain a levé une centaine de millions de dollars via des investissements privés et une introduction à la Bourse de Londres.
Le plus grand écueil auquel se heurte cette nouvelle activité reste la réglementation. Il n’existe pas d’autorité bancaire spécifique – comparable, par exemple, à la Banque des règlements internationaux dont le siège est en Suisse –, ni de définition exacte de ce qu’est un produit islamique.
Plusieurs organes concurrents à Bahreïn et un autre en Malaisie étudient de nouvelles règles de comptabilité, de gouvernance bancaire et de normes de prêt.
Il n’empêche qu’en Arabie Saoudite, les banques spécialisées contestent d’ores et déjà la domination traditionnelle des institutions financières de style occidental. A la National Commercial Bank, détenue majoritairement par l’Etat et première banque du monde arabe, le portefeuille de prêts conformes à la loi islamique a fait un bond, passant l’an dernier de 16 % à 80 % du total, selon son économiste en chef, Mme Nahed Taher.
Cet établissement envisage aujourd’hui de devenir à 100 % islamique. “La demande est énorme”, explique Mme Taher. Malgré sa taille bien plus modeste, la banque Al-Jazira surfe elle aussi sur la vague. Depuis 2002, date du démarrage de sa stratégie du tout islamique, elle double ses bénéfices chaque année.
M. Mishari est arrivé de Citibank en 1993, débauché par un groupe de financiers saoudiens qui voulaient remettre à flot une institution en pleine déconfiture. A l’époque, Al-Jazira fonctionnait entièrement selon le modèle bancaire occidental.
La première décision de M. Mishari a été de créer un conseil de la charia, composé de personnalités religieuses chargées de passer au crible les documents de la banque et de certifier que ses produits respectaient la loi islamique.
L’équipe dirigeante lui a d’abord soumis un mécanisme d’achat de titres par endettement permettant aux clients de négocier jusqu’à deux fois et demie la valeur des actions de leurs comptes – version islamique des comptes sur marge. Grâce à cette innovation, Al-Jazira est devenue le numéro un du courtage en 2000, place qu’elle a occupée jusqu’en 2001.

Source: courrierinternational
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