La population de Camden, à 65 kilomètres au sud-ouest de Sydney, a pu le constater : depuis quelques semaines, le projet d'un établissement musulman, qui pourrait accueillir 1 200 élèves, crée un malaise dans cette communauté majoritairement anglo-saxonne.
Parmi les opposants au projet de la Société coranique - l'organisation musulmane à l'origine du projet - figurent en bonne place des nationalistes qui tentent d'attiser les tensions.
Fin novembre, deux têtes de cochon, plantées sur des poteaux, avaient été retrouvées à l'emplacement prévu pour la future école. Peu avant Noël, le révérend Frederick Nile, député des chrétiens- démocrates au Parlement de l'Etat de Nouvelle-Galles-du-Sud, connu pour ses positions traditionalistes, a organisé une réunion rassemblant presque un millier de personnes à Camden, durant laquelle il a opposé l'islam au christianisme. M. Nile a fait salle comble, et la police a dû intervenir pour contenir des participants criant des invectives contre les musulmans.
Australia First, un parti d'extrême droite, a également pris part à l'opposition. L'un de ses représentants, Jim Saleam - impliqué lors des émeutes de Cronulla, fin 2005, au cours desquelles de jeunes Blancs extrémistes s'en étaient pris à des Libanais dans une banlieue de Sydney - a dénoncé dans le quotidien The Australian une campagne des musulmans pour "démolir l'homogénéité" du pays.
L'affaire inquiète, faisant surgir la crainte de nouvelles violences, à l'exemple de celles qui s'étaient produites à Cronulla. "L'ampleur de la réaction suscitée par le projet est étonnante. On dirait que rien n'a été retenu des événements de 2005", regrette Kuranda Seyit, à la tête du think tank FAIR (Forum pour les relations islamiques et australiennes).
Pour les 340 000 musulmans d'Australie - 1,7 % de la population totale, selon le dernier recensement - les dernières années ont été marquées par les tensions. "Après les attentats du 11 septembre 2001 et de Bali en 2002, après surtout ceux de Londres (2005), la façon dont on nous regarde a changé", commente Shakira Hussein, musulmane, journaliste pour le magazine en ligne Shalom, Pax, Salam. Le conseil municipal de Camden se prononcera en mars pour ou contre le projet d'école islamique.
Source: lemonde