"Martyr Hussein!", scandent les fidèles, dont les cris sont rythmés par le cliquetis des chaînes en acier de leur fouet qui s'abattent sur leur dos.
Au premier jour des célébrations de l'Achoura, des cohortes de musulmans chiites ont envahi dimanche les rues du quartier de Kazimiyah à Bagdad, remettant en scène le martyr de Hussein (AS), qui se sacrifia en 680 à la tête de ses 71 compagnons face à l'armée de Damas.
La fête de l'Achoura commémore la fin tragique de Hussein, petit-fils du Prophète Mahomet(SAWA), fils d'Ali (AS), fondateur du chiisme, tué par les troupes du califat des Omeyyades, dans une bataille inégale dans le désert de Kerbala, à 110 km au sud de Bagdad.
Les pénitents se relaient pour porter d'imposantes et magnifiques oriflammes, faites de lames de métal, de tissus précieux, et d'animaux sculptés.
Des participants sont en pleurs.
En arrière plan, les minarets d'or et les faïences multicolores du mausolée de Kazimiyah font de l'ensemble un spectacle grandiose.
Aux hommes succèdent les enfants, habillés à la mode des guerriers musulmans du VIIème siècle. Sous l'oeil protecteur de leurs mères, massées sur les trottoirs et dont seul le visage apparaît au milieu de leur abayah (voile noire) qui les couvrent de pied en cape, les gamins tentent d'imiter au mieux ceux qui les précèdent et se flagellent avec zèle.
Les badauds se bousculent pour assister au spectacle. De petits groupes s'attroupent autour des étals qui offrent du thé, des confiseries et des boissons rafraîchissantes.
Des tentes de repos plantées au bord des avenues accueillent pour quelques instants les fidèles, qui se déchaussent avant de s'asseoir sur des tapis.
Les spectateurs et les pèlerins viennent déguster un thé sucré en se réchauffant quelques instants. D'énormes marmites ont été mises à chauffer sur des feux de bois.
"Une marmite suffit à nourrir cent personnes", explique dans un large sourire Ali, qui touille de ses bras musculeux un riz à la tomate avec une immense cuillère de bois. "C'est fatigant, mais c'est pour l'amour d'Hussein", ajoute-t-il.
La ferveur religieuse est partout. D'immenses drapeaux noirs flottent au-dessus de la foule en liesse, toutes les habitations portent les couleurs de l'Imam tant adulé.
Le défilé est organisé par quartiers, familles, tribus ou groupes professionnels. "Aujourd'hui est un jour de deuil", explique Fadel Zoubaïdi al-Jaffari, cinquantenaire à la barbe grisonnante. "Nous commémorons l'assassinat par l'épée d'Hussein, l'assassinat de l'Islam", se lamente-t-il.
Jusqu'à la nuit tombée, les défilés se succèdent sur les quatre larges avenues qui conduisent à la mosquée de Kazimiyah, où reposent deux autres imams du chiisme.
Le point d'orgue des cérémonies de l'Achoura aura lieu du 18 au 19 janvier dans les villes saintes chiites de Najaf et Kerbala.
Source: AFP