L'archevêque de Cantorbéry s'est défendu vendredi soir d'avoir jamais proposé la création d'un système légal parallèle basé sur la charia en Grande-Bretagne! Il réagissait ainsi au tollé provoqué par ses propos sur l'"inévitable" adoption de certains aspects de la loi islamique dans le pays.
Rowan Williams, chef de file de l'église anglicane du Royaume-Uni, a pris acte de "la vive réaction des médias et d'autres acteurs de la vie publique" britanniques.
Dans un message mis en ligne sur son site Internet, il a expliqué que son but était de "soumettre au débat quelques-uns des problèmes posés par les droits des groupes religieux dans un Etat laïque". Il a dit avoir pris l'exemple de la charia.
Les chrétiens ne peuvent pas revendiquer des exceptions religieuses aux règles laïques -comme par exemple le refus de pratiquer des avortements-, s'ils n'acceptent pas parallèlement de satisfaire les revendications d'autres traditions religieuses, a-t-il estimé.
L'archevêque avait estimé jeudi dans une interview à la BBC que certains aspects de la charia pouvaient être intégrés dans l'actuel système juridique britannique, notamment en matière de mariage ou de litiges financiers. Il n'a pas fourni de plus amples précisions, mais estimé qu'un tel processus était "inévitable".
La charia est un vaste ensemble de règles de conduite, qui a évolué au cours des siècles et est sujet à des interprétations diverses selon les pays. Elle contient des prescriptions relatives à de nombreux aspects de la vie humaine, politique, religieuse, sociale ou privée.
Catherine Heseltine, porte-parole de la Commission des affaires publiques musulmanes de Grande-Bretagne, a déploré des réactions confinant à "l'hystérie". "Les gens entendent le mot charia", considèrent "qu'on essaie d'imposer quelque chose à la Grande-Bretagne", analyse-t-elle.
En fait, a poursuivi la porte-parole, les changements souhaités par Mgr Williams ne constituent pas une priorité pour les musulmans britanniques. Pour la plupart d'entre eux, la charia concerne avant tout les lois alimentaires de l'islam, la préparation de la viande halal et la façon de célébrer les mariages.
Mohammed Shafiq, directeur de la Fondation Ramadhan, a lui souligné que les réactions de la presse britannique se concentraient sur des formes extrêmes de la charia. On "tente de diaboliser l'islam", a-t-il regretté.
L'écrivain William Dalrymple, auteur de nombreux ouvrages et articles sur les tensions religieuses au Proche-Orient, trouve "particulièrement stupide" qu'on "donne une nouvelle occasion aux contempteurs de l'islam dans les tabloïds de continuer à diffuser de la propagande anti musulmane".
Anthony O'Mahony, directeur de recherche au Heythrop College de Londres, remarque que l'introduction, même restreinte, de la charia soulèverait des problèmes juridiques, en instituant des systèmes légaux différents en Grande-Bretagne. "On a mis en Europe quelques centaines d'années à passer à un système unitaire avec les mêmes droits pour chacun, alors évoluer vers ça est une question politique de taille", a-t-il conclu.
Source: canadianpress