Le débat sur la laïcité, enflammé au niveau national, a aussi des illustrations concrètes à l’échelon local.
A Montpellier, la construction d’une grande mosquée par la mairie PS en 2005 a été jugée illégale par le tribunal administratif, une décision confirmée en appel fin décembre, sur la base de la loi de 1905 selon laquelle «la République ne subventionne aucun culte».
Une loi que l’ancien maire de la ville Georges Frêche était pourtant fier de contourner. «A Montpellier, j’ai fait la démonstration qu’on pouvait faire des mosquées en contournant facilement la loi. J’ai construit des bâtiments à usages divers et je les ai confiés à des associations qui les utilisent comme des mosquées», assure l’élu local dans un livre d’entretiens paru en novembre.
En effet, à la Paillade, quartier de barres et de tours dont les habitants sont en majorité d’origine maghrébine, le seul lieu de prières était un foyer des travailleurs exigu. Beaucoup de musulmans se prosternaient donc sur les trottoirs. En leur bâtissant un lieu approprié, la mairie a rempli deux objectifs : résoudre le problème de places et garder le contrôle sur la communauté.
Vue de l’extérieur, la «salle polyvalente» Averroès est un simple rectangle blanc dépourvu de minaret, au bout d’une impasse, sans aucun panneau de signalisation pour l’indiquer. Mais, à l’intérieur, avec ses faïences bleues et blanches, ses colonnes, son minbar pour l’imam et sa mezzanine réservée aux femmes, la salle a tous les attributs des lieux de culte islamique. Elle est fréquentée par 2 000 à 3 000 musulmans et jusqu’à 10 000 lors du ramadan. Des femmes et des enfants y apprennent le Coran et l’arabe. Pour tous les Montpelliérains, ce bâtiment est la «mosquée de la Paillade».
Source: liberation