Ce processus de modernisation a été déclenché depuis 2005, sous la présidence malaisienne, dès après l’arrivée du turc Ekmeleddin Ihsanoglu, au secrétariat général de l’organisation à Djeddah, en Arabie Saoudite.
Il s’est déjà traduit par l’élaboration d’un «Programme d’action décennal pour le 21e siècle» qui engage l’OCI à se restructurer, pour rationaliser la solidarité et l’action islamiques communes, lutter contre l’islamophobie, le terrorisme et promouvoir le dialogue des religions.
Tirant avantage du calendrier diplomatique, à la veille de la célébration, l’année prochaine, fort probablement sous son mandat triennal, du 40eme anniversaire de l’OCI, le président sénégalais Abdoulaye Wade et ses amis, se sont ainsi engagés à finaliser ce processus.
Son ministre des Affaire étrangères le Dr Cheikh Tidiane Gadio qui a présidé lundi, mardi et mercredi, jusque tard dans la soirée, les assises ministérielles préparatoires, n’a perdu aucune rencontre avec la presse, pour afficher une farouche détermination de donner un contenu «plus cohérent » et «plus moderne», aux institutions de la Ummah en même temps qu’une présence plus effective auprès des communautés musulmanes du monde entier.
Etroitement épaulé par le Maroc, un de ses alliés stratégiques qui a déjà organisé trois sommets sur les dix - y compris la conférence constitutive de septembre 1969 - mais aussi, les riches bailleurs du golfe, qui ne lui ont ménagé aucun soutien financier pour lui permettre d’accueillir ses milliers d’hôtes venus de quatre continents, le Sénégal s’est ainsi résolu à prendre date avec l’histoire.
Me Wade, son équipe et ses amis, entendent faire de Dakar, la capitale sénégalaise, le point d’aboutissement d’une «nouvelle charte rénovée», en remplacement du texte constitutif de Djeddah de 1972, devenu obsolète aux yeux de plus d’un membre.
Sans atteindre en intensité, la complexité de la phase de transformation à partir de 1999, de la défunte OUA en Union africaine, l’exercice que Dakar cherche à systématiser, n’en comporte pas moins ses facteurs de lenteurs, de blocages et de diversion.
La première des transformations concerne la délicate question des «critères d’adhésion» à l’organisation islamique. Cette question dessine en fait les contours futurs de l’OCI. Elle puise sa complexité, en partie, de l’opportunisme diplomatique de certains pays qui y ont plutôt vu une occasion rêvée de faire entrer dans cette communauté des Etats islamiques souverains, des protégés que l’OCI n’a jamais, à ce jour, accepté de reconnaître. La rhétorique autour de la «non rétroactivité de l’élargissement» évoquée mercredi par un diplomate marocain, barre en fait la voie aux intentions de ceux qui veulent sponsoriser l’entrée à l’OCI de leurs protégés.
Même si en 39 ans d’existence, l’OCI est passée de 25 à 57 membres, des millions de musulmans vivant dans des pays non membres ne sont pas pris en compte par sa charte et se trouvent dans les faits, en marge de toute solidarité ou action institutionnelle islamique.
L’OCI a reconnu elle-même que «le tiers au moins, de la Ummah islamique vivait dans des pays non musulmans». Ils sont près de 175 millions en Inde (16 % environ de la population locale), 40 millions en Chine (3%) et presque autant en Ethiopie où les musulmans représenteraient, malgré les apparences, 45 à 50 pour cent de la population.
De fortes minorités lui sont également inaccessibles au Cambodge, en Birmanie, en Yougoslavie ou en Roumanie… jusqu’en Australie, dernier continent à ne compter de présnce au sein de l’OCI.
L’autre chantier de Dakar, selon les termes même du ministre Gadio, c’est de consacrer, dans les cas où les voies consensuelles n’aboutissent pas et empêchent de progresser, le recours au vote, dans le processus décisionnel de l’Organisation. Cette pratique est fort peu courante dans la partie arabe de la Ummah. Une région qui, bien que largement minoritaire depuis 1984 au sein de l’Organisation, n’en contrôle pas moins l’essentiel des rouages.
Sous ce rapport, les acteurs de Dakar s’activent à renforcer et harmoniser les outils et fonds institutionnels de la solidarité panislamique. Ils cherchent à les transférer des sphères actuelles «d’aide et de charité», vers de véritables mécanismes d’épongement des dettes internes et d’attraction d’investissements directs.
Ils ont pour cible privilégiée, l’énorme gisement de la Zakat islamique qui suffirait, à lui seul, à suppléer les mécanismes financiers auxquels s’adressent, par défaut, les pauvres de la Ummah. C’est à l’aune de ces questions déclamées depuis trois jours par les organisateurs eux-mêmes, que se mesureront demain, les succès de Dakar.
Source: apanews