Quand l’Occident et l’Orient fusionnent dans une université islamique indonésienne

9:24 - April 14, 2008
Code de l'info: 1642714
Djakarta(IQNA)- Le State Institute of Islamic Studies(IAIN) est une université unique en son genre dans le système d’éducation indonésien.
Le caractère unique de cet établissement public d’enseignement supérieur tient à son programme interdisciplinaire moderne qui combine des approches sociales et scientifiques occidentales avec les connaissances religieuses classiques. Il s’agit d’un centre d’éducation islamique qui génère des étudiants ouverts d’esprit.
L’IAIN a d’abord ouvert ses portes à Djakarta et à Yogyakarta en 1960 comme établissement préparant aux fonctions religieuses, tout particulièrement au sein du département des Affaires religieuses.
Les sujets enseignés alors étaient principalement la théologie islamique, la jurisprudence islamique, la langue et la littérature arabes et la prédication. Au début, le matériel et les méthodes de l’institut ne différaient que très peu de ceux des pesantren (internats islamiques), où les enseignants imposent leurs vues et se réfèrent essentiellement à des sources religieuses classiques du Moyen Âge. Les diplômés de l’institut de cette époque avaient des points de vue relativement rigides, ce qui n’est guère surprenant.
Cependant un changement crucial se produisit vers la fin des années 1960 et le début des années 1970, avec la venue dans l’établissement de deux enseignants prestigieux, eux-mêmes diplômés d’études islamiques de l’université de McGill à Montréal.
A. Mukti Ali était expert en religion comparée et Harun Nasution, docteur en théologie islamique. Les deux enseignants introduisirent une démarche scientifique occidentale, insistant sur la compréhension rationnelle et systématique de la littérature islamique classique. C’est pourquoi, en plus des études religieuses, les étudiants devaient désormais lire des ouvrages de sociologie, d’anthropologie, de psychologie, d’histoire et de philosophie – sujets qui étaient totalement étrangers aux étudiants musulmans d’alors.
Les deux enseignants avaient chacun leur méthode d’enseignement, mais tous deux exigeaient la participation active des étudiants. Quant à la maîtrise d’une langue étrangère, comme l’arabe et l’anglais, elle devint obligatoire.
L’introduction d’une telle approche au sein des études islamiques eut comme effet une nouvelle lecture de certains traités islamiques.
L’occasion d’explorer des grandes bibliothèques aux collections immenses d’ouvrages anciens et modernes constituait un autre avantage de cette politique. Cet « exil » académique était un voyage nourrissant, dans son étude de l’islam, l’étudiant qui reviendrait à l’institut enrichi d’une nouvelle perspective.
Selon Robin Bush, un universitaire américain qui a travaillé autrefois avec la Fondation Ford en Indonésie, l’IAIN et ses diplômés sont de bons interlocuteurs pour le dialogue avec d’autres communautés religieuses, car bien connus pour leurs opinions religieuses pluralistes et tolérantes.
Les critiques apportées au travail des diplômés et des enseignants de l’IAIN ne manquent pas. L’ironie du sort fait que c’est le professeur H.M. Rasyidi, le premier des ministres des Affaires religieuses et le premier musulman indonésien à avoir obtenu son doctorat à la Sorbonne, qui dénonce ce qu’il appelle l’impact séculaire de l’introduction des approches occidentales dans la pensée islamique.
Le rôle de l’IAIN dans la sauvegarde de l’harmonie religieuse est indispensable. Sa capacité à synthétiser les traditions occidentales et islamiques est essentielle dans la recherche de solutions aux conflits culturels et religieux.
Source: lorient-lejour
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