"Saint-Louis, qui fut la première ville européenne et le symbole vivant de la domination française en Afrique Occidentale, est également une grande métropole islamique", soutient l'auteur qui enseigne la langue et la civilisation arabes depuis 1992.
L'urbanisation de Saint-Louis, dont sa population est estimée à 144.119 hts, sa position géographique, son attachement aux valeurs et principes religieux, de même que son ouverture à la culture et à la civilisation arabo-islamiques, "ont fait de la ville une cité islamique et un centre de rayonnement de la pensée et de la civilisation islamiques", selon Cheikhou Diouf.
"Après la disparition de plusieurs institutions musulmanes, c'est le nombre considérable des moquées et l'attachement de la population aux valeurs et aux principes de l'islam qui témoignent du passé et du patrimoine islamique de Saint-Louis. Les mosquées sont les rares symboles musulmans épargnés par la politique coloniale anti-musulmane et les mutations sociales", précise le chercheur.
Il propose dans son ouvrage une typologie historique qui permet de distinguer deux périodes dans l'édification des mosquées répertoriées : celles construites avant l'indépendance (de 1821, date d'édification de la première mosquée, à 1960) et celles construites après l'indépendance (de 1960 à 1990).
La mosquée Waly de Guet-Ndar est ainsi présentée comme la première mosquée de Saint-Louis bâtie en 1821. "Petite hutte en paille" à ses débuts, comme la plupart des mosquées répertoriées, elle fut construite trois fois avec des cotisations volontaires des habitants du quartier.
La mosquée de la pointe sud serait le premier lieu de culte érigé dans l'île de Saint-louis, avant même la mosquée du nord qui fut tracée, selon la tradition orale, en 1825, en présence d'El Hadj Omar Tall qui apporta ses bénédictions et en indiqua la Qibla.
Cette dernière mosquée se singularise en effet par "la présence, depuis sa création, d'une cloche surplombant la terrasse. Elle est accrochée à une corde reliant les deux minarets de la mosquée. Sa présence s'explique par l'opposition, dès les premières heures, de la communauté métisse à son édification", rapporte Cheikhou Diouf.
Plus connue sous le nom de mosquée "Minbar", la mosquée Amet Diop Gora (quartier sud) fut fondée par Elhadj Amet Diop Gora à une date encore non précisée. "C'est une petite mosquée à étage sise au quartier sud de l'île, à la rue Bancal, avec des habitations pour les pauvres et les indigènes", souligne M. Diouf.
L'intérêt de la mosquée mouride située au quartier Tendjiguène réside dans le fait que Cheikh Ahmadou Bamba, le fondateur du mouridisme, y avait prié plusieurs fois avant sa déportation au Gabon en 1895. Elle fut installée sur un terrain attribué à Mambodj Diagne par Faidherbe, qui y aménagea une hutte en paille tenant lieu de mosquée.
Construite à une date non précisée, sur la base d'une souscription volontaire des habitants du quartier, la mosquée Gambetta de Guet-Ndar a également bénéficié de l'appui de Maître Lamine Guèye, qui fut également maire de Saint-Louis de 1925 à 1927. Cet homme politique participa de manière significative à la construction de cette mosquée.
Pendant les première et deuxième guerres mondiales, cette "mosquée fut un lieu de prière et de recueillement pour échapper à la mort ou au service militaire imposé aux populations sénégalaises par la France", renseigne le chercheur.
"Les soldats, écrit-il, venaient par groupes de tous les coins du Sénégal pour prier à la mosquée, avant leur départ pour la France. Il fallait, pour y accéder, franchir d'abord un bâton placé à l'entrée puis s'installer dans la mosquée et demander à Dieu la protection. Pour en sortir, il fallait prendre directement le train pour la France sans retourner chez soi".
"Selon notre informateur, tous les tirailleurs qui prièrent à la mosquée de cette manière, pendant les deux guerres mondiales, revinrent sains et saufs dans leurs foyers. Il faut signaler que ce bâton miraculeux existe toujours dans la mosquée où les gens viennent encore prier pour obtenir la protection de Dieu", rapporte Cheikhou Diouf.
Source: allafrica