La première mosquée de Médine qui a été fondée par le prophète et ses premiers compagnons, a constitué le premier lieu pour l’appel à l’Islam (la Daawa islamique). Elle représentait, outre un lieu de prière, une tribune pour le prophète qui lui permettait d’organiser la prédication et la gouvernance. L’architecture de la mosquée faisait montre de la foi en Dieu. "Seuls ont droit de fréquenter les mosquées de Dieu ceux qui croient en Dieu et au jugement dernier" (Attawba, 18). C’est donc un témoignage de foi "Ne fréquente jamais une telle mosquée ! Car il en est une autre qui a été fondée dès le premier jour, sur la crainte révérencielle du Seigneur et qui est plus digne de ta présence. On y trouve des Hommes qui aiment se purifier, et Dieu aime ceux qui sont propres." (Même sourate, 108).
Les mosquées étaient "les maisons de Dieu", lieux de prière et de pratique des devoirs religieux. "Dans des temples que Dieu a permis d’élever afin que son Nom y soit invoqué et où le glorifient matin et soir des Hommes qu’aucun négoce ou transaction ne détourne de la joie d’exalter le Seigneur, de le prier ou de faire l’aumône, car ces Hommes redoutent un jour où les cœurs seront bouleversés et les regards annihilés d’épouvante". (Annour, 36-37).
La mosquée n’était pas uniquement un lieu de prière mais également un lieu de savoir et d’exercice de la justice et de la politique, où l’Imam peut exprimer, au nom des musulmans, ses sentiments de loyalisme au calife ou dénoncer certaines déviances politiques ou administratives. La mosquée était également un lieu qui renforçait les liens entres les musulmans, unifiait leurs rangs et contribuait à l’établissement de la paix et de la solidarité.
Eu égard à l’importance des fonctions spirituelles et séculaires que remplit la mosquée, il a fallu accorder plus d’intérêt à l’aspect architectural de ce lieu sacré. Cet intérêt s’est manifesté dans les minarets qui dominaient les villes et référaient au pouvoir de la religion et de Dieu. Le minaret, une tour marquée par sa hauteur, incarnait l’aspiration du croyant à être plus proche du Très-Haut. Elle symbolise aussi le rayonnement de l’islam par la portée de sa perspective, alors que le croissant et les globes surmontant la tour, représentent l’univers.
Quant aux dômes (Koubba), elles référaient au ciel qui protégeait les croyants. Les architectes musulmans ont excellé dans ce domaine en exprimant la fonctionnalité de la tour à travers les diverses formes qu’ils lui ont imprimées, tantôt arrondies, tantôt elliptiques. Les petites fenêtres qui se touvaient en bas des dômes rehaussaient le caractère sacré de la mosquée. Le Mirhab, quant à lui, représentait la kibla (indiquant la direction de la Mecque) qui permettait aux musulmans des différents coins du monde de faire leurs prières et d’invoquer Dieu.
L’architecte et le décorateur accordaient un intérêt particulier à la construction des minarets et des "mihrab", en hommage aux croyants et à la mission religieuse remplie par ces ouvrages d’architecture.
L’architecture a servi énormément la société islamique et rempli une mission aussi bien spirituelle que matérielle. Les objectifs religieux s’étaient manifestés à travers l’édification de la mosquée "Al Jamii" au centre de la ville, et d’autres établissements qui servaient la culture religieuse, tels les écoles coraniques et "Dar Al Hadith". Ces monuments rassemblaient, quotidiennement et même les jours des fêtes, l’ensemble des musulmans, d’où le souci des architectes de faire de ces établissements un point de convergence qui réunit les différents habitants de la ville. Routes et chaussées conduisent vers ce centre, lesquelles sont entrecoupées par des chemins pour former un réseau annulaire entourant le centre.
Le musulman a été éduqué suivant des valeurs dictées par l’Islam et consacrées par la tradition, parmi lesquelles le respect des droits de l’autre à la paix, la protection de la communauté et de son éthique et l’instauration des rapports du bon voisinage. Dans cette optique, les architectes musulmans veillaient à ce que les murs, les étages et les portes soient élevés pour préserver la discrétion des habitants, les voies séparant les maisons soient élargies, mais sans pour autant négliger les aspects à même de renforcer les liens sociaux. L’architecte a fixé des conditions pour les dimensions des réservations afférentes aux portes et aux fenêtres extérieures et a exploité tous les espaces intérieurs afin d’assurer la quiétude des habitants, la dissimulation des femmes aux yeux indiscrets, la sécurité, le confort et le culte. Il a, en outre, veillé à instaurer un climat propice au renforcement des relations sociales entre les habitants, à la coopération entre les hommes dans une perspective de droiture et de probité, et la coopération entre les femmes afin qu’elles s’entraident dans la gestion de leurs demeures et l’éducation de leurs enfants.
Ainsi, l’art islamique a pu servir la religion et l’histoire et honorer des personnalités en illustrant leurs vertus et leurs caractères, sans tomber dans le piège de l’anthropomorphisme ou de l’imitation de Dieu.
A l’époque ottomane, fleurirent les dessins dépeignant le triomphe des musulmans à travers les biographies des sultans, dont "l’Almanach du conquérant", dessiné par Ahmed Moussa qui revient sur des représentations coraniques authentiques dignes de la vie du prophète, en concordance avec le portrait fait par l’Imam Ali. Mohamed Sabah Kalim a dessiné, quant à lui, des silhouettes d’hommes et d’animaux représentant des événements de la vie quotidienne. Dans le Hornameh et le Surnameh, récits hagiographiques des sultans, paraissent des scènes du vécu quotidien représentées dans un style naïf, mais extrêmement expressifs, tandis que d’autres ouvrages laissent entrevoir des silhouettes de guerriers dans des scènes de combats.
Les illustrations ont parfaitement rendu compte de la civilisation islamique et exprimé la grandeur des musulmans à travers leurs victoires, leurs architectures et leurs découvertes, passant des pages des manuscrits jusqu’aux murs et ustensiles.
La mosquée, avec ce qu’elle comporte de versets coraniques, d’enluminures et de mosaïques, demeure cependant le chef-d’œuvre de la civilisation islamique.
De manière générale, l’édification des grandes mosquées, tels le Dôme du Rocher, la mosquée de Grenade, la Mosquée Chah d’Ispahan ou la Slimania à Istambul, ainsi que des somptueux palais (le palais des Omeyyades, le palais Alhambra et ses célèbres jardins), resteront des monuments phares, témoins de la splendeur de l’architecture islamique, et qui n’ont pas d’égal dans le monde. L’architecte Sinan, le Léonard de Vinci du monde musulman, comme disait les Occidentaux, dépassait largement les artistes de la Renaissance italienne par ses théories et ses fabuleuses œuvres en dômes.
Les différents types d’arts islamiques (architecture, dessins, tapis et productions textiles) dénotaient un essor culturel, créatif, social et scientifique qui s’exprimait dans des dessins ayant trait à l’astrologie, la science, la géométrie, la zoologie auxquels s’ajoutent d’autres illustrations destinées à expliquer et à clarifier des éléments portant sur la vie sociale, la médecine, la physique et la dynamique. Il convient, en outre, de souligner que la qualité de la publication a été rehaussée grâce à l’embellissement de l’écriture et de la calligraphie, de la dorure et de la reliure, et son enrichissement par les miniatures en couleur.
De manière générale, le perfectionnement de la calligraphie, le dessin et la coloration dans l’intérieur des bâtiments et l’invention d’outils et d’ustensiles en verre, en métal et en poterie, de même que la créativité en matière de céramique, de vêtements et de bijoux, représentent, tous, des traits caractéristiques de la civilisation islamique, une civilisation façonnée par des grands artistes qui ont mis leur génie créateur au service des parangons de la politique, de l’histoire, de la science et du savoir.
Source: journal3