Dans un entretien, jeudi à l'APS, M. Mbaye a dit que l'absence d'organisation a fait que chaque catégorie de musulmans s'est isolée pour s'occuper d'elle-même en n'écoutant que son guide.
"Et chaque adepte n'écoutant que son propre leader, il y a forcément une situation un peu chaotique du genre de celle que l'on vit actuellement. Et ce qui est vécu aujourd'hui risque de se répercuter encore sur la place publique, dans les années à venir", prédit l'imam.
Selon lui, "le commun des Sénégalais, s'il est averti, prend ses distances, estimant que cette situation chaotique n'est pas pour faciliter une cohésion, une entente, une paix, une sérénité dont le pays a besoin. Et pourtant tout le monde est spectateur. On se comporte comme spectateur en regardant faire".
Prié de donner une explication à ce phénomène, il a dit que ce sont des "intérêts particuliers" qui en sont à la base.
"Parfois les intérêts ne sont pas d'ordre matériel. C'est des intérêts liés à un prestige. Celui-là pense que, sur le plan du prestige, s'il acceptait l'idée déjà émise par quelqu'un d'autre, il risque de perdre sa place", a-t-il précisé.
Rawane Mbaye a relevé que "parfois ce n'est pas la personne elle-même mais son entourage qui essaye d'influer sur elle pour lui faire croire qu'elle ne doit pas accepter ce que les autres ont dit. Il faut prendre le contre-pied".
Le chercheur a également affirmé qu'un manque d'informations est à la base des fêtes célébrées pendant plusieurs jours, "de sorte qu'il y a une nécessité de réaménagement d'un calendrier devant permettre aux gens de s'entendre".
Il y avait une amorce dans ce sens pour permettre aux chefs religieux de pouvoir se retrouver sur l'essentiel, a rappelé le professeur Rawane Mbaye. Selon lui, "aucune idée n'a été aussi bénéfique que celle-là, mais elle n'a pas fonctionné.
Elle ne s'est pas concrétisée parce qu'à un moment donné il y a des gens qui n'étaient pas favorables et qui ont tout fait pour stopper sa progression."
"Tout cela requiert des normes", a poursuivi le chercheur estimant qu'une structure comme la Commission nationale de concertation sur le croissant lunaire doit être constituée "sur des bases tout à fait acceptables, des bases qui prennent en compte les préoccupations des uns et des autres".
"Comme ça intéresse les différentes communautés, chaque communiqué estimant qu'elle bénéficie de sa propre souveraineté avec à sa tête un chef, il faut prendre ses préoccupations en compte", a encore dit l'ancien commissaire général au pèlerinage à la Mecque.
"Si un tel mécanisme était mis en place, a-t-il précisé, nombre de ces problèmes seraient résolus et les Sénégalais pourraient tranquillement continuer à vivre la vie quotidienne dans les meilleures conditions possibles."
S'agissant des heures de prières, il a dit que celles-ci sont "encore plus fondamentales parce que ce sont des données objectives qui sont vérifiables".
Pour lui, "c'est un peu différent du croissant lunaire, on l'a vu, on ne l'a pas vu. Le Coran n'a pas tellement édicté quelque chose qui soit à la merci des désirs, des volontés, des velléités des uns et des autres (sur la question de heures de prières). Ce sont des prescriptions divines".
"C'est Dieu qui prescrit que la prière doit se faire à telle heure pour tous ceux qui sont en mesure de s'en acquitter à l'heure indiquée. Et lorsqu'on n'est pas dans de telles conditions, on bénéficie d'un statut un peu particulier, d'une dérogation", a-t-il rappelé.
Rawane Mbaye a dit qu'à ce niveau-là, "c'est parce que les Sénégalais sont restés très longtemps sous le joug colonial". Les heures de prières qui prévalaient durant la période coloniale continuent à exercer leur poids "de façon très négative".
"C'est ça qui fait que c'est une question de simple volonté. La capacité de le régler existe, il aurait fallu qu'il y ait la volonté d'en venir à bout", a-t-il conclu à ce propos.
Source: allafrica