Allah, mon boss et moi", dernier ouvrage de Dounia Bouzar

10:11 - April 27, 2008
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France (IQNA)- Le dernier ouvrage de l'anthropologue du fait religieux est paru mercredi 23 avril, experte européenne et co-fondatrice de Dynamique diversité Dounia Bouzar, intitulé "Allah, mon boss et moi".
Après y avoir exposé les cas fictifs de Mona, cadre dynamique et voilée, et Hamid, intérimaire "plein d'amertume et de rancoeur", l'auteur y propose une grille de lecture accompagnée de propositions à destination des DRH et autres recruteurs. Entretien avec Dounia Bouzar.

-Saphirnews : D'abord, pourquoi avez-vous choisi de travailler sur ce sujet précis des revendications religieuses au travail ?
-Couverture du livre Dounia Bouzar : Ce sont les entreprises qui sont venues à moi. Jusque là, j'étais plutôt repérée par les institutions pour mon travail sur l'articulation entre la culture française et la réappropriation de l'islam à partir du vécu français. Et justement, les entreprises prennent conscience que la diversité religieuse n'est plus une affaire liée à l'étranger, mais bien aussi une réalité de Français !

-Comment a été écrit ce livre ? Avez-vous pu recueillir des témoignages aussi bien de DRH que de travailleurs musulmans ?
-D. B. : J'ai réalisé des interviews auprès des différents DRH dans les entreprises qui le demandaient, sur deux aspects. Premièrement, à partir de quand une revendication relève de la liberté de conscience et à partir de quand révèle-t-elle d'un dysfonctionnement ? Deuxièmement, à partir de quand la relation à la religion ressource pour être plus performant ou au contraire sépare des autres et entrave l'unité d'équipe ? Et c'est là qu'on se rend compte qu'avec l'islam, les DRH ne savent pas comment faire.

-Ces témoignages vont ont-ils permis de dessiner les personnages et les cas fictifs de Mona et Hamid ?
-D. B. : Oui, les Mona cadres supérieurs brillants, épanouis, élites des grandes écoles et ne voulant pas montrer leurs cheveux sont de plus en plus nombreuses. Les Hamid plein d'amertume et de rancœur qui se servent de l'ignorance sur l'islam pour faire avaler n'importe quoi existent aussi. Mais c'est un docu-fiction. Chaque lecteur se retrouve dans un personnage ou un autre. Je voulais montrer le décalage entre la façon dont sont perçus Mona et Hamid et leur vraie vision du monde à eux.

-Après tout, indépendamment des signes religieux visibles, n'est-ce pas le comportement social et l'adhésion au groupe qui prime ?
-D. B. : Absolument ! Mona en fait la preuve ! Elle réussit à faire en sorte que son foulard soit une simple différence mais ne fasse pas ‘barrière' avec les autres cadres. Comment ? En partageant avec eux tout ce qu'elle a de semblable : la musique, les films, et même l'intérêt pour les produits de beauté (ceux qui mettent en valeur la beauté ‘de l'intérieur', c'est-à-dire la ‘vraie beauté', d'après Mona) Petit à petit, ils la rencontrent, elle, pour ce qu'elle est et ce qu'elle n'est pas, au-delà de leurs représentations. Ils voient la fille sous le foulard.
Mais attention, la seule limite aux libertés individuelles accordées par le Code du travail, c'est si la fonction professionnelle exige la neutralité. Exemple : Mona doit représenter et défendre son entreprise face à des concurrents.

Source: Sapirnews
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