Les musulmans en Europe et les défis de l'enseignement islamique

13:35 - June 20, 2008
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Europe(IQNA)- L'Union européenne, avec ses 27 Etats, s'étend désormais aux pays de l'Europe de l'Est qui entretiennent une relation avec l'islam et sa civilisation ancrée dans l'histoire.
De ce fait, le nombre de musulmans en Europe – près de 50 millions aujourd'hui - s'est considérablement accru, avec son lot de fantasmes sur la «possible islamisation» du vieux continent.
Il y a quelques semaines, le journal 'Belgique libre' diffusait par exemple un article déclarant que Bruxelles – dont les musulmans constituent le tiers des habitants – sera musulmane dans vingt ans.
Olivier Service, chercheur en sociologie à l'université Catholique de Louvain, considère pour sa part que d'ici quinze à vingt ans, les musulmans seront majoritaires en nombre en Belgique du fait de leur croissance démographique.
Le journal français 'le Figaro', quant à lui, écrit que le nom «Mohammed» est devenu, depuis l'année 2001, le premier nom dans les classes.
Enfin, une étude réalisée par l'Organisation du Centre de Recherche Chrétienne à Londres, mentionne que le nombre de croyants fréquentant les mosquées en Grande Bretagne dépasse largement celui chrétiens fréquentant les églises en Angleterre et aux Pays de Galle. Si ce processus se poursuivait, on comptera 678000 personnes assistant à l'office dominical en 2020 pour 683000 musulmans assistant à la prière du vendredi.
L'ensemble de ces points de vue conforte l'idée d'une présence relativement récente et perçue comme intrusive des musulmans en Europe. Pourtant, au plan historique, dès le début du vingtième siècle les Etats européens ont puisé une main-d'œuvre dans les anciennes colonies, surtout dans les pays musulmans. La France s'appuyait sur son vivier d'Afrique du Nord et sub-saharienne. Au même moment, la Grande-Bretagne s'appuyait sur le sous-continent Indien (Pakistan et Bangladesh). Au début des années 1960, l'Allemagne développera une politique d'utilisation de la main-d'œuvre turque et, plus récemment, ce sont les pays du sud de l'Europe, tels que l'Espagne et l'Italie, qui recruteront la main d'œuvre du sud méditerranéen.
Un second aspect de l'émigration à prédominance musulmane vers l'Europe, assez souvent occulté d'ailleurs, est celui des 'cerveaux' ambitieux formés aux sciences des pays développés et spécialisés dans différents domaines. Avec le temps, ces émigrés sont devenus des cadres nationaux collaborant parfois à l'orientation de l'enseignement par la gestion d'établissements scientifiques et pédagogiques en Europe. Ces intellectuels ont, d'une certaine façon, imposé la présence de l'islam en tant que culture, doctrine et prédication. Certains, parmi ces intellectuels, alimentent les réflexions concernant les nouvelles doctrines islamiques spécialisées en matière de minorités, d'intérêts prioritaires, d'environnement ou encore de citoyenneté.
En observant les activités culturelles des associations musulmanes de ces deux dernières décennies, on constate qu'elles sont parvenues à surmonter leur enfermement dans les mosquées et dans les centres islamiques pour s'ouvrir à la construction d'institutions éducatives et pédagogiques. Ce comportement repose sur différentes motivations, dont la plus significative est de remédier aux «vices» qui étaient censés contaminer la première génération, malgré son attachement aux établissements cultuels. L'autre cause qui a favorisé cette orientation est le choix fait par les musulmans de s'installer définitivement en Europe. Conscients de leur spécificité religieuse et des exigences de leur adhésion à la société européenne, ces musulmans exercent leur citoyenneté en collaborant au développement de la société en s'appuyant sur leurs propres ressources culturelles.
L'évolution de la situation des minorités musulmanes a ainsi modifié l'attitude des gouvernements; surtout vis-à-vis des générations européennes par la naissance, par la langue et par la citoyenneté. C'est ainsi qu'après avoir agi, avec la présence islamique, comme si elle serait un phénomène éphémère qui s'éteindrait par la disparition de la main d'œuvre, les politiciens changent aujourd'hui de point de vue en intégrant la stabilité de l'islam en Europe. Il faut donc agir avec ce fait islamique avec courage et responsabilité.
En comparant l'expérience des institutions éducatives et pédagogiques en Europe, on observe des différences d'un pays à l'autre. Elles sont dues à l'attitude du législateur – dans le domaine politique et administratif – envers les besoins des citoyens de confession musulmane. Par exemple, au Royaume uni, aux Pays bas, en Suède, au Danemark, en Norvège, l'Etat prend totalement en charge les écoles, depuis la construction et l'équipement, jusqu'aux salaires des enseignants et des fonctionnaires. Tandis qu'au sud de l'Europe, la situation des établissements pédagogiques est tout à fait différente; cela malgré l'importance de la présence islamique. Les dernières statistiques comptent pour la France environ six millions de citoyens musulmans, pour Allemagne, trois millions. L'Espagne et l'Italie en comptent chacune un million.
Quant aux lois européennes concernant les musulmans résidents, citoyens et émigrés, elles déclarent les principes de la liberté de foi, d'égalité, de non discrimination, du droit à la reconnaissance des autres cultures et le droit au respect et à la dignité. Ces droits ont ouvert la porte aux musulmans pour intensifier leur appel à les appliquer à leur situation sociale au lieu de restreindre leurs limites à la confrontation des initiatives racistes ou provocatrices prises par des responsables de l'extrême droite en Europe. Nous rappelons ici les derniers événements du film Fitna du parlementaire hollandais Gibert FELDERS.
Après cette introduction, nous abordons les types d'enseignement donnés aux musulmans en Europe. Ils sont conduits dans quatre directions :
1- L'enseignement facultatif. Celui qui est exercé par les mosquées et par les associations islamiques. Il est limité à l'apprentissage du Coran, de la langue arabe et aux pratiques religieuses. Ajoutons les initiatives d'ONG en terme d'éducation populaire et à finalité de dialogue interculturel.
2- L'enseignement dispensé dans les établissements d'enseignement officiel.. Il est régi par les normes de l'enseignement national. Cet enseignement propose des options : le programme de l'enseignement officiel de l'Etat avec les matières islamiques et la langue arabe. Ajoutons l'expérience d'enseignement du fait religieux initié en France par la commission Régis Debray et qui a fait l'objet d'une conférence du Conseil de l'Europe le 8 Avril 2008.
3- L'«islamologie» dans le cadre des sciences du fait religieux. Il s'agit des études sur l'islam et son histoire, présentes dans quelques universités. Il s'agit d'enseignements résultant souvent historiquement des activités des orientalistes qui ont fondé les premières étapes des études de l'Orient : son histoire, sa civilisation, ses langues, etc. On observe que cet enseignement peine à trouver sa place dans la plupart des universités malgré l'existence de personnes compétentes en ce domaine. Malheureusement, dans les grandes universités européennes, il est dispersé dans plusieurs départements.
4- L'enseignement islamique universitaire. Il est délivré par un nombre de facultés et d'instituts islamiques. Il représente les initiatives des musulmans ambitieux pour établir leur religion en langues européennes. Dans ce contexte, l'Institut Avicenne des Sciences humaines, IASH a vu le jour à Lille depuis l'année 2006. C'est la première initiative de ce type en France.
Cet institut a élaboré son projet d'études universitaires selon le système LMD en vue d'enseigner en français les sciences islamiques de base, l'histoire de l'islam et les piliers de sa civilisation. Le programme comprend également la sociologie, un enseignement sur les institutions françaises et l'apprentissage des langues arabe et française. Il comprend aussi une section pour la formation des cadres religieux, imams, guides, surveillants et surveillantes, etc.
L'Institut coopère avec des institutions performantes en vue d'éclairer et d'améliorer la situation actuelle des établissements d'enseignement islamiques, en réfléchissant sur les difficultés rencontrées et en traçant leur avenir. C'est dans cette perspective que l'institut organise un colloque international sur 'Les musulmans en Europe et les défis de l'enseignement islamique'.
Source: yawatani
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