Tenue vestimentaire des femmes, surprise-parties d’adolescents, vente d’alcool, autant de domaines qui ont fait l’objet de nouvelles réglementations restrictives destinées à lutter contre la “dissolution des mœurs” et à préserver “la personnalité et l’identité comoriennes”. “Est prohibé le port en public de tous les effets vestimentaires laissant apparaître les parties intimes du corps ou dont la vue choque la pudeur”, selon un arrêté ministériel réactivé fin mai par le ministre Mmadi Ali. De même, sont interdits les “bals” de jeunes, organisés à l’occasion d’anniversaires ou à la fin de l’année scolaire, et accusés d’inciter à la débauche. “Avant toute considération, nous sommes des Comoriens.
En tant que tels, nous avons des valeurs à défendre (...) L’habillement des filles et des femmes comoriennes doit respecter les coutumes du pays et la tradition musulmane”, a ainsi justifié M. Ali. Petit archipel de l’océan Indien islamisé depuis le XIIe siècle, ancienne “République fédérale islamique”, les Comores sont réputées pratiquer un islam tolérant. Sur les quelque 700 000 habitants, 98% sont musulmans. En 2006 toutefois, l’élection à la présidence des Comores d’Ahmed Abdallah Sambi, chef d’entreprise mais aussi guide religieux formé en Arabie saoudite, au Soudan et en Iran, avait suscité des craintes de mise en place d’un régime islamique dans l’archipel. “Je crois au régime islamique”, déclarait alors M. Sambi, tout en précisant que “la situation économique” de l’archipel ne permettait pas “pour le moment de monter un régime islamique”. Le nouveau train de mesures, doublé d’un contrôle plus strict de la vente d’alcool dans les magasins, a été accueilli avec scepticisme, voire inquiétude, par une partie de l’intelligentsia comorienne.
“Les femmes comoriennes n’ont pas besoin d’arrêtés ministériels pour porter des habits décents”, estime sous couvert d’anonymat une journaliste, s’inquiétant des tentatives d’”importer des modes vestimentaires étrangers”, d’inspiration orientale. Côté gouvernemental, la directrice nationale aux Affaires sociales, Sitti Saïd Hassane, soutient qu’il s’agit d’un domaine “relevant de l’éducation dans les familles”. C’est “une violation des libertés privées. L’habillement, c’est personnel. Le ministre qui a pris ces décisions marque contre son camp : il risque de donner une image fausse du pays à l’extérieur”, reproche Ismaël Ibouroi, écrivain et enseignant en philosophie.
Source: clicanoo