- Le CRCM, depuis sa création en 2003, n'a pas convaincu, dans les rangs mêmes de la communauté musulmane. En avez-vous conscience ?
-«Oui, et c'est normal que les musulmans ne s'approprient pas le CRCM car c'est une institution récente. On ne peut pas demander en cinq ans ce qui a pris des siècles dans les autres religions. Le CRCM, c'est un bébé. On ne peut pas lui demander de courir. Laissons-lui le temps de grandir, et surtout ne le dopons pas.» - Reste qu'en cinq ans, peu de choses ont été faites... «On a laissé le bébé dans les bras (sourire). On a doté la communauté musulmane d'un cadre, mais d'un cadre vide.» - Quelle est donc votre priorité ?
-«Il faudra, lors de la première réunion, fixer un cadre. Il faut un projet commun. Cette première réunion est capitale. Nous la ferons en septembre.» - Les dossiers ne manquent pas : carrés musulmans dans les cimetières, formation des imams... Quelles seront vos priorités ?
-«Que les musulmans sachent ce qu'est le CRCM. Il faut communiquer. Déjà, avoir un siège social. Un organisme qui compte plus de cent mosquées et qui n'a qu'une boîte postale, c'est indigne. Je vais proposer que le conseil d'administration se réunisse tous les mois, dans les mosquées.» - Mais plus concrètement ?
-«Défendre la dignité du culte musulman. À chaque fois qu'un rigolo jouera avec cette dignité, nous serons là. Le CRCM va se doter d'une structure juridique.» - Mais quid des problèmes lors de l'Aïd par exemple ?
-«Ce n'est pas le travail du CRCM. C'est à l'État d'assumer ses responsabilités. Les musulmans doivent pouvoir sacrifier un mouton dans la dignité. Que l'on cesse de nous désigner comme des barbares qui tuent des moutons dans une baignoire ! Il y a des solutions au sein des communautés urbaines, des communes. Idem pour les carrés musulmans. Nous demanderons aux communes de respecter la circulaire qui prévoit de réserver des carrés confessionnels (les communes sont en fait encouragées à créer des carrés musulmans). Très peu de villes le font.» - Et pour la formation des imams ?
-«On a tout entendu : des charlatans, des «blédards»... Ne crions pas au loup ! Les imams sont formés par rapport au cahier des charges initial.
-On veut qu'ils parlent français ? D'accord. Qu'ils soient imprégnés de la législation française ? Il faut du temps. Cela ne nous empêche pas de réfléchir à un programme de formation mais c'est un sujet national.» - Quels seront vos moyens financiers ?
-«Il y a une cotisation, 20 euros par délégué et par an (chaque mosquée en compte plusieurs en fonction de sa taille).» - Mais ça ne suffira pas... «C'est pour cela que l'on sollicitera les mosquées, mais aussi les institutions. Nous sommes suffisamment habiles pour faire des montages financiers tout en respectant la loi. Car nous avons aussi une vocation culturelle. Et puis quand on va calmer les esprits dans les prisons, ce n'est pas du religieux.» - Vous êtes intervenu sur des questions de société, notamment lors du débat sur le voile. Le ferez-vous à la tête du CRCM ?
-«Je suis le représentant de l'intérêt d'un culte. Je ne m'inscris pas dans une logique communautariste. On m'a interrogé par exemple sur le mariage lillois. Pour moi, ça n'a rien de religieux. Le Coran exhorte les jeunes à se marier. Point. Ce que je constate, c'est qu'ils sont aujourd'hui mariés contre leur volonté.»
Source: lavoixdunord