Les églises sont tentées de faire comme si l'Etat de droit libéral leur avait toujours tenu à cœur. Mais elles aussi durent être amenées à pactiser avec lui afin de pouvoir finalement y adhérer de plein gré. L'église catholique a lutté contre la liberté du culte jusqu'en 1964, jusqu'au concile de Vatican II.
Le débat a dépassé depuis longtemps le stade de la querelle sur le port du voile et des protestations anti-mosquées : celui qui pense que l'interdiction du voile n'est pas compatible avec une compréhension libérale de l'Etat peut quand même être contre le voile en tant que démonstration de la discrimination féminine.
Le modèle allemand propage aussi cette idée que celui qui est pour l'égalité des musulmans en matière de lieux sacrés peut très bien aussi refuser une mosquée concrète parce qu'un groupe indéfinissable se dissimule derrière elle ou parce qu'elle modifierait radicalement le profil de son propre quartier!
La politique allemande a dépassé la fausse alternative du laxisme ou de l'isolation. Un modèle allemand pour l'intégration de l'Islam est en train d'émerger qui commence à éveiller l'intérêt des autres pays européens – prudent face aux tentatives d'islamisation, exigeant la fidélité à l'Etat de droit mais plein de respect face à l'essence religieuse des autres. Ce qui est pris récemment par Sarkozy dans son nouveau défi social afin d'intégrer la religion dans la société libérale française.
L'Etat libéral a toutefois besoin de plus que de l'obéissance au droit. Il a besoin du bon vouloir des religions – pour reprendre à «une légitimation enracinée dans des convictions».
Les politiciens européens pensent maintenant que les musulmans doivent prendre au sérieux leur conflit de loyauté, de longue date de vivre avec une diversité religieuse.