De la part de Pascal Couchepin, ce refus d'ostraciser, via l'interdiction des minarets, les musulmans de Suisse, relève sans doute de la sincérité viscérale, lui qui avait déjà qualifié dans la presse ce texte de «ridicule et stupide». Pour le reste, on assiste surtout à une diplomatie de l'à-plat-ventrisme, dont une Micheline Calmy-Rey récemment, au Caire comme à Téhéran, s'est fait une malheureuse spécialité.
Pourquoi en effet tant de hâte? Le principale résultat de cette précipitation est de focaliser l'attention sur l'initiative, de lui engranger des soutiens réactifs. Une initiative qui présente au moins l'avantage succulent de diviser encore plus une UDC déjà laminée par la scission grisonne et l'affaire Schlumpf, au point de chuter dans les intentions de vote.
Si l'initiative anti-minaret émane en effet bien d'un UDC de chez UDC, l'ex-conseiller national Ulrich Schlüer, et compte dans son comité de soutien nombre d'huiles du parti, elle ne fait pas l'unanimité chez les blochériens. Même pas chez Blocher lui-même qui annonce ne pas vouloir faire campagne au motif que la question de l'intégration musulmane est autrement plus complexe qu'une simple querelle clochers et de permis de construire.
Le président marionnette de l'UDC Toni Brunner lui aussi, qui figure pourtant dans le comité de soutien, n'est plus très chaud-chaud («ce n'est pas une initiative UDC, le parti ne fera pas campagne») provoquant l'ire d'un Oskar Freysinger: «C'est quoi ce parti, on a toujours eu une ligne et maintenant on devrait être mou? Si les dirigeants retournent leur veste, l'UDC n'a plus lieu d'exister.» Bravo, encore un effort, Oskar.
On ne voit pas bien, dans cette confusion, ce que les musulmans pourraient faire de plus pour perdre leur sainte respectabilité. Mais l'on voit clairement, en revanche, dans de tels propos, que le motif véritable des initiants réside dans une islamophobie de tripes et de principe.
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