L'établissement "Réussite", fondé en 2001 par l'imam Dhaou Meskine, 120 élèves cette année, accuse une dette de 361.000 euros et ses "caisses sont vides".
Les efforts financiers consentis par les parents, majoritairement modestes, les quêtes sur les marchés et mosquées, dons et emprunts ne suffisent plus: le personnel n'a pas été payé en juin. Les frais de scolarité vont encore grimper(5.000 euros pour les sixième, 7.500 euros pour les Terminale, contre 2.000 euros auparavant).
Pour la première fois, ses responsables craignent une désertion à la rentrée. Un tiers à la moitié des élèves auraient passé des tests pour un établissement public ou sous contrat.
Malgré d'excellents résultats constants(seule une élève n'a pas eu son brevet en 2006), dans un département pourtant en deçà des moyennes, "si rien n'avance, il y aura fermeture des classes de première et terminale à la rentrée", se désole M. Meskine.
Le collège, comme beaucoup de structures privées naissantes, comptait sur un financement public au bout de cinq années d'existence. A l'issue de cette période, l'Etat peut accorder à un établissement privé hors contrat un "contrat d'association", sous réserve de critères de qualification des maîtres, de respect des programmes et d'un "besoin scolaire reconnu".
En France, seuls deux établissements musulmans, une école primaire à la Réunion, et le lycée Averroès de Lille, ouvert en 2003, sont sous contrat.
"Dans notre cas, on en est à sept années d'existence et toujours rien, constate M. Meskine, il y a quelque chose qui coince mais on ne sait pas quoi".
Les soucis judiciaires de l'imam(mis en examen en 2006 pour des opérations financières et immobilières illégales, en lien avec une entreprise terroriste) ne semblent pas être à l'origine du blocage. M. Meskine reste une personnalité très respectée.
Le hic, explique le rectorat, est que l'établissement n'avait pas ouvert avec tous les feux verts officiels. Sa partie lycée vient seulement d'obtenir pour la rentrée 2008 le matricule du rectorat qui le reconnaît comme établissement hors contrat. Pour le collège, "il manque encore quelques pièces mais la régularisation devrait suivre", précise l'autorité pour qui "s'ouvre seulement maintenant la période probatoire".
"En sept ans, on a envoyé toutes les pièces réclamées, reçu deux visites d'inspection et c'est comme si on n'avait jamais existé", constate, amer, Youssef Riahi, conseiller principal d'éducation, qui y voit "un coup de grâce" porté au collège-lycée.
La procédure "a pris beaucoup de temps" mais "il n'y a pas eu de stratégie destinée à faire traîner les choses", assure le rectorat.
"J'espère que l'Etat va finir par considérer l'effort des élèves, le sacrifice des parents et notre volonté de pousser les élèves à réussir et avoir des ambitions", dit M. Riahi. Son aîné, Ahmed, 17 ans, scolarisé à "Réussite" depuis sa sixième, a obtenu en juin son bac scientifique avec mention Très bien et s'est inscrit en faculté de médecine. Son second fils a décroché son brevet. "On n'a pas encore remis de cadeaux de fin d'année à nos enfants, remarque-t-il, la fête a été gâchée".
Source: vousnousils