Ce projet devait être voté par les 380 députés du parti de la liberté et du progrès. Le parti nationaliste populaire s'étant rallié à la majorité pour la défense de cette révision de la constitution, cela a permis le vote de la loi avec 470 voix, environ les 80% du parlement.
Après le vote du parlement et l'accord du Président Abdollah Gol, le tribunal constitutionnel a rejeté cette décision, soulevant des incidents et des péripéties politiques successives qui s'enracinent dans le passé historique de la Turquie.
La constitution précise que les décisions du parlement sont présentées au Président, qui doit donner son accord au maximum dans les 15 jours qui suivent. Pendant ce délai, les opposants au parlement, ont le temps de donner leur avis et de prendre les mesures pour empêcher le vote définitif de la loi.
Le parti républicain populaire, dirigé par Denise Baykal, qui a bénéficié d'environ 8% des voix lors des élections parlementaires, a présenté une plainte au tribunal constitutionnel au sujet de la libéralisation de l'Hijab. Il est intéressant de noter que tous les magistrats de ce tribunal sont proposés par le ministre de la justice, au Président de la République, qui a la possibilité de les démettre lui-même de leur fonction.
L'ancien président, Ahmad Nejat Sazar, avait démis personnellement de leur fonction neuf des membres de ce tribunal et les avait remplacés par des magistrats laïcs qui lui convenaient mieux.
Le président actuel qui appartient au parti islamique de la justice et du progrès, n'avait rien fait pour changer ces neuf magistrats, et cette confiance et cette tolérance inexcusables ont été une source de problèmes pour le parti au pouvoir.
Après un mois de réflexion, le tribunal constitutionnel a voté en faveur du parti républicain populaire qui ne représente que 8% du scrutin, contre le parti au pouvoir avec 47% des voix, considérant que le vote de la révision de la constitution était contraire à l'article 2 de cette constitution et annulant une loi qui avait été votée par 80% des membres du parlement.
Cette décision prise par 9 membres du tribunal contre 2 oppositions, est sans précédent dans l'Histoire de la Turquie. Les commentateurs politiques l'ont présentée comme un coup d'état juridique. Depuis l'Hijab islamique est de nouveau interdite dans les universités turques.
Une autre question qui occupe actuellement la Turquie et même le monde, est celle de la dissolution du parti de la justice et du progrès, actuellement au pouvoir. Les laïcs turcs qui ont réussi à fermer le dossier sur l'Hijab, sont revenus à leurs anciennes ruses.
La dissolution des partis politiques en Turquie est une pratique très ancienne. En quarante cinq ans, vingt quatre partis ont été dissous, comme le parti islamique "Refah" et le parti "Fazilat". Pendant la présidence de Yekta Ouzdan, au tribunal constitutionnel, treize partis ont été dissous.
Après la demande de dissolution du parti sortant, les autorités de la communauté européenne et même des Etats-Unis, ont demandé une révision de la constitution qui empêche une dissolution si facile des partis politiques, et la communauté européenne a averti la Turquie que la dissolution du parti de la justice et du progrès, freinerait les négociations sur son entrée dans l'Union européenne.
La maison blanche a soutenu à maintes reprises, la démocratie turque, et a demandé au tribunal constitutionnel de tenir compte des voix et des décisions du scrutin, lors de la dissolution des partis politiques. Ces remarques montrent que les responsables européens et étasuniens, sont fatigués des coups d'état laïcs qui sévissent en Turquie, même si beaucoup d'éléments restent en coulisses.
Le recours au tribunal constitutionnel est la dernière chance des laïcs turcs pour faire tomber le gouvernement islamique. Ce tribunal est dans une situation très difficile et sensible, et nous devrons attendre un mois pour voir comment les laïcs, qui n'ont pas réussi par un coup d'état politique, réussiront à dissoudre le parti pro islamique en place au gouvernement.
Cependant la dissolution du parti ne signifie pas que les groupes islamiques disparaîtront de la scène politique, en Turquie.
Ces groupes entreront dans des directions et des nouveaux partis qui participeront aux prochaines élections, dont ils sortiront encore vainqueurs. N'oublions pas que Rajab Tayeb Ordukhan, responsable du gouvernement de Turquie, a, à maintes reprises, répété son désir de servir le peuple turc et que la dissolution de son parti ne serait pas un frein à son mouvement.
Les laïcs ne doivent pas oublier comment ce parti s'est lui-même, constitué sur les cendres d'un autre parti dissolu. L'agent principal est le peuple qui dira le dernier mot. La dissolution du parti sortant ne semble pas être une chose facile et risque d'entraîner la Turquie dans une crise gouvernementale et un désordre politique, comme l'a souligné récemment le président des syndicats ouvriers du ministère de la santé.
Le remplacement des magistrats laïcs par des magistrats islamiques, au sein des organisations juridiques, dépasse le domaine politique et est un véritable constat idéologique. Les laïcs estiment que l'Hijab a des dimensions politiques et que le gouvernement tient à rester au pouvoir et à gouverner le pays selon les règles de l'islam.
269989