La France, future terre d’accueil de la finance islamique?

8:43 - July 14, 2008
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France(IQNA)- Le gouvernement a affiché sa détermination à favoriser l’essor de la finance islamique en France en lui offrant un cadre juridique et fiscal plus accueillant, espérant que Paris saura drainer une partie des liquidités du Golfe, qui se déversent aujourd’hui sur Londres.
S’adressant à des investisseurs venus du Golfe, la ministre française de l’Économie, Christine Lagarde, a promis de faire le nécessaire «pour rendre (leurs) activités aussi bienvenues ici à Paris qu’elles le sont à Londres et sur d’autres places». «C’est la première fois qu’un représentant de l’État indique publiquement qu’il est favorable au développement de la finance islamique», relève Emmanuel Volland de l’agence de notation Standard and Poor’s(SP). «C’est un signal fort que les acteurs attendaient», ajoute-t-il.
S’il salue les annonces gouvernementales, Anouar Hassoune, de l’agence Moody’s, estime toutefois qu’elles ne «sont pas en soi suffisantes pour garantir l’éclosion d’une finance islamique bien de chez nous». Selon lui, l’État français ne devrait pas se contenter de réduire les «frottements juridiques et fiscaux», mais montrer l’exemple en émettant lui-même des obligations islamiques(« sukuks »), comme la Grande-Bretagne a prévu de le faire en 2009.
En outre, la question n’est pas seulement technique : mettre en place «l’infrastructure» pour accueillir des investissements charia-compatibles est une chose, convaincre les Français de leur «bien-fondé» en est une autre.
Pour M. Hassoune, l’enjeu est de «prouver que la finance islamique n’est ni communautaire ni encline à pourfendre le dogme de la neutralité religieuse», mais qu’elle est d’abord «une alternative éthique pour la finance moderne».
En effet, la loi islamique proscrit l’intérêt, assimilé à de l’usure, la spéculation (d’où l’obligation que toute transaction soit fondée sur un actif sous-jacent) et interdit d’investir dans certains secteurs (jeux, armement, pornographie, alcool, porc et dérivés).
À défaut, les acteurs de la finance islamique – les pays du Golfe et la Malaisie – pourraient ne voir dans cette manifestation d’intérêt de la France qu’«une instrumentalisation de la finance islamique à des fins de recyclage hexagonal, d’une partie de la manne pétrolière», poursuit M. Hassoune.
La finance islamique – un marché évalué à 700 milliards de dollars – n’est pas totalement absente de France. Les principaux fonds islamiques du Golfe (Gulf Finance House, Qatar Islamic Bank, Barwa Real Estate ou Quinvest) sont déjà propriétaires de bureaux, situés pour la plupart en banlieue parisienne, dont ils ont financé l’acquisition par un montage islamique. Ce patrimoine est évalué à 3 milliards d’euros, d’après le cabinet d’avocats Backer & McKenzie.
En matière de banque de détail, en revanche, la France a beau compter la communauté musulmane la plus large d’Europe de l’Ouest, aucune banque ne dispose encore d’une offre «halal». En Grande-Bretagne, a été créée en 2004 la première banque «halal» d’Europe, l’Islamic Bank of Britain, tandis qu’une vingtaine d’établissements conventionnels proposent une offre de ce type.
Source: lorient-lejour
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