À l’issue de cette «conférence mondiale sur le dialogue» initiée par le monarque saoudien Abdallah, les participants ont lancé, dans le cadre de la «Déclaration de Madrid», un appel à un «accord international» pour «définir le terrorisme» et en «attaquer les causes profondes». Lors de l’inauguration de cette conférence, le roi Abdallah avait invité les participants à un «dialogue constructif pour ouvrir une nouvelle page de réconciliation après tant de disputes» entre religions. Deux responsables de la Conférence mondiale des religions pour la paix, une ONG ayant des ramifications à l’échelle de la planète et dont le siège se trouve à New York, reviennent sur le nécessaire dialogue des religions pour surmonter les conflits.
Pour certains, dont Samuel Huntington, les différentes civilisations et cultures sont vouées au clash. Pour d’autres, au contraire, non seulement les civilisations, cultures et religions peuvent s’entendre, mais elles doivent le faire. Tel est le credo, apparemment, du monarque saoudien qui, depuis plusieurs années maintenant, fait la promotion du dialogue des cultures. La dernière illustration en date de cet engagement étant la conférence de Madrid. Une initiative soutenue par les leaders des autres grandes religions.
Le dialogue des religions est également au cœur de la mission que s’est fixée la Conférence mondiale des religions pour la paix(CMRP). Créée en 1968, cette organisation non gouvernementale représentée à l’Unesco et récemment rebaptisée «Religions for Peace» vise à mobiliser les croyants afin qu’ils développent des relations avec les autres religions. L’objectif final étant la paix. «La CMRP n’est pas une organisation à but théologique. Nous travaillons pour la paix au travers de différents programmes dans le monde entier. Nous travaillons sur les droits de l’homme, et en particulier ceux de la femme, sur la question des enfants, notamment dans les zones de guerre. Nous travaillons sur toutes les formes d’éducation à la paix, notamment en Afrique», explique Jacqueline Rougé, présidente honoraire internationale de la CMRP.
Cette organisation comprend des représentants de toutes les religions, qu’elles soient monothéistes ou non. Elle est aujourd’hui présente dans plus de 100 pays. «Des membres de notre ONG sont partis en Irak quand la guerre de 2003 a été lancée afin de travailler sur le dialogue entre sunnites, chiites et chrétiens», explique Mme Rougé. La CMRP a également été très active dans les Balkans, après la guerre en ex-Yougoslavie. Elle est également présente au Sri Lanka.
Pourquoi utiliser la religion pour promouvoir la paix ? «Toutes les religions ont un idéal visant à défendre la dignité de l’homme, à rechercher la paix, le respect de l’autre», explique Mme Rougé, qui représente également la CMRP auprès de l’Unesco. «Toutes les religions ont un potentiel important. Il nous semble essentiel de mettre ces potentiels en commun. Si une déclaration est faite au nom de toutes les religions, elle aura un impact plus fort que si elle est faite au nom d’une seule, ajoute-t-elle. Pour être un facteur de paix, les religions doivent travailler ensemble.»
En ce sens, la CRMP ne peut que soutenir l’initiative du roi Abdallah.
Qu’une conférence mondiale sur le dialogue entre les religions soit initiée par le leader d’une monarchie ultraconservatrice guidée par le wahhabisme, un royaume qui bafoue la liberté de culte, peut néanmoins surprendre. «Depuis plusieurs années, le roi Abdallah veut montrer un visage plus ouvert de l’islam. Je crois beaucoup à son action», estime toutefois Christian Lochon, membre de la CMRP. «Si l’Arabie saoudite en général est encore réticente à cette ouverture culturelle, je pense que le roi Abdallah ne l’est pas. Et je suis certain qu’il pèsera de tout son poids pour faire évoluer les choses», ajoute cet universitaire, ancien directeur du Centre des hautes études Afrique et Asie modernes. Alors que le Qatar a récemment ouvert la première église sur son sol, l’Arabie saoudite n’a toutefois toujours pas fait ce pas. «Si le roi veut vraiment montrer que l’islam est ouvert, alors il devra autoriser l’ouverture d’églises en Arabie», note M. Lochon, également grand connaisseur du Moyen-Orient – il a notamment été directeur du Centre culturel français de Bagdad entre 1968 et 70 et rempli des missions culturelles auprès de l’ambassade de France à Khartoum et à Damas.
Outre la conférence qui vient de s’achever à Madrid, de nombreuses initiatives ont été lancées, ces dernières années, en matière de dialogue des religions. Ces initiatives se tiennent toutefois souvent au niveau des grands dignitaires religieux ou des leaders politiques. Le message relatif au nécessaire dialogue des religions passe-t-il au niveau de la rue, des populations et des peuples ?
Pour que le travail sur le dialogue des religions porte, pour que son message soit entendu, il est nécessaire, selon Mme Rougé, qu’il soit engagé par des représentants religieux ayant une véritable légitimité. «Le dialogue doit être fait par des personnes dont on ne peut mettre en doute la fidélité à leur religion», souligne la responsable.
«Au Moyen-Orient, il y a une déconnection entre la rue et les leaders politiques, c’est certain», reconnaît néanmoins Christian Lochon. «Mais en Europe, et je suis proche de la Mosquée de Paris, les autorités musulmanes veulent vraiment faire passer le message du nécessaire dialogue des religions. Et elles multiplient les initiatives en ce sens», ajoute-t-il. «Il faut savoir qu’il y a une différence de mentalités entre les musulmans au Moyen-Orient et les musulmans en Europe. Je pense que la réforme de l’islam viendra d’Occident, des musulmans expatriés, alors qu’idéalement, elle aurait dû venir du monde arabe», ajoute-t-il.
En Europe, l’approche même du dialogue se répand également. «Au sein de l’Union pour la Méditerranée, la question du dialogue culturel tient plus de place que dans le processus de Barcelone», note Christian Lochon. Par ailleurs, dans certains pays, comme la France, la nature du dialogue est en train d’évoluer. «En France, l’on tend aujourd’hui à associer les questions religieuses aux questions cultuelles», ce qui n’était pas le cas auparavant.
«Il faut avoir conscience que la religion n’est pas le problème dans les conflits du monde. Le problème, ce sont les hommes politiques qui instrumentalisent la religion», conclut Christian Lochon.
Source: lorient-lejour