Cette demande d'interdiction de la formation du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, issu de la mouvance islamiste, avait été déposée le 14 mars par le procureur de la Cour de Cassation Abdurrahman Yalcinkaya. Il accuse l'AKP de vouloir porter atteinte au principe même de la laïcité, inscrit dans le marbre de la constitution turque, citant notamment la série d'amendements, présentés par le gouvernement et adoptés par le Parlement, permettant d'autoriser le foulard islamique dans les universités.
Le procureur réclame aussi l'interdiction pour 70 personnes, dont le Premier ministre et le président Abdullah Gul, d'adhérer à un quelconque parti politique pendant cinq ans.
Dans un entretien accordé dimanche au principal journal du pays, "Hurryiet", à la veille du début de l'examen de cette demande, Erdogan a dit ne pas savoir "quel sera le résultat de cette affaire" mais espérer "qu'une décision bénéfique pour notre pays sera prise". Avant d'ajouter: "ce que je peux vous dire, c'est ceci: il m'est impossible de me comporter avec haine et animosité envers le public". "Si des erreurs ont été commises et que la tension est montée, alors nous devrions rétablir la paix sociale", a-t-il ajouté.
La crise entre les deux camps avait connu un épisode central il y a un an, lorsque le ministre des Affaires étrangères de l'AKP Abdullah Gul était devenu le premier chef d'Etat issu du courant islamiste, avec des manifestations géantes des partisans de la laïcité.
Les juges de la Cour constitutionnelle, qui se réunissent pour examiner l'affaire au fond, ont donc un dossier de poids à traiter, dont le résultat affectera la vie politique du pays. Et pourrait avoir également des conséquences sur la relation avec l'Union européenne. Erdogan est un fervent partisan de l'adhésion de la Turquie à l'UE, ce qui en soi prouve déjà selon lui que son parti n'a absolument pas d'ambitions islamistes cachées pour le pays.
En juin, la Cour constitutionnelle avait déjà infligé un premier grave revers au gouvernement, en maintenant l'interdiction du foulard dans les universités, un dossier sur lequel l'AKP s'était énormément investi: la Cour a considéré que la levée de l'interdiction violait effectivement les principes laïques de la Constitution.
Lorsque la Cour constitutionnelle avait jugé recevable sur la forme la demande du procureur, la Commission européenne avait exprimé ses réserves, jugeant la procédure excessive et inopportune.
Depuis sa création en 1963, la Cour constitutionnelle a frappé d'interdiction plusieurs dizaines de partis politiques, souvent kurdes ou islamistes.
Source: AFP