En effet, une initiative déposée par l’UDC(Union démocratique du centre) met mal à l’aise la Suisse. Cette proposition vise à interdire la construction de minarets en territoire suisse. Pour certains observateurs de la politique suisse, l’UDC, parti populaire et populiste après l’éviction du Conseil fédéral de Christophe Blocher, son leader charismatique, veut reprendre du poil de la bête en surfant sur une certaine islamophobie ambiante. L’OCI quant à elle, surveille le processus avec beaucoup d’intérêt.
Une délégation de l’OCI a été reçue en Suisse. Les autorités helvétiques ont tenu à expliquer à leurs hôtes la complexité du système de démocratie directe. Il y a toute une procédure à suivre. L’initiative devra passer deux phases avant d’être soumise au peuple : parlementaire et judiciaire.
Il s’agira de voir si le texte ne viole pas les règles constitutionnelles. Ce qui peut prendre entre 10 à 12 mois. La légalité et l’opportunité d’une telle initiative seront donc étudiées par les autorités compétentes. La procédure pourrait prendre une à deux ans.
Au mieux, les Suisses voteront en fin 2009 sinon en début 2010. Cependant, «l’OCI s’oppose à toute action qui viserait à violer l’exercice de la religion. Les Musulmans ont le droit de pratiquer leur religion dans des lieux sûrs et décents,» a plaidé le Sénégalais Babacar Bâ, ancien fonctionnaire des Affaires Etrangères du Sénégal et ambassadeur de l’OCI auprès de l’ONU et des organisations internationales à Genève.
L’ambassadeur Suisse à Ryad a été convoqué au Siège de l’OCI à Djeddah, annonçant le premier round d’une série de discussions intitulées «Dialogue entre l’OCI et le Gouvernement Suisse sur un certain nombre de questions d’intérêt commun». Le deuxième round a eu lieu le 25 juin 2008 à Berne, la Capitale confédérale.
Côté OCI, ont pris part à cette rencontre, le directeur du Département politique et celui chargé de l’Observatoire sur l’islamophobie et l’ambassadeur Babacar Bâ. La Suisse est représentée par le Département fédéral des Affaires Etrangères, des experts des Département de justice et de l’intérieur, une délégation dirigée par le Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères.
Babacar Bâ regrette que cette initiative ne favorise pas la création de conditions d’exercice des libertés religieuses. L’OCI «est pour la nécessité d’une plus grande vigilance contre toute action pouvant mettre en danger la pratique libre et digne de sa religion. » Au sortir de ce dialogue Suisse-OCI, notre compatriote est pourtant confiant : «Cette initiative a peu de chances d’aboutir,» dit-il.
Concernant l’inculpation du Président Béchir par le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), l’OCI, a exprimé sa «profonde préoccupation» lors de sa réunion «en mettant en garde contre toutes les conséquences graves sur le processus et l’équilibre de la paix au Darfour».
Babacar Bâ, relayant le sentiment de son organisation a fait savoir que l’OCI dénonce «la pratique de la justice de double standard». Il souligne que des «actes et autres crimes ont été commis par des dirigeants et cela n’a pas suscité la même réaction de la part de la CPI».
Toutefois, clarifie Babacar Bâ : «Cela ne veut pas dire que l’OCI n’est pas favorable à la sanction de tels actes». Le procureur de la CPI, Louis Morena Ocampo a inculpé le Président El Béchir «de génocide, crimes contre l’humanité, et crimes de guerre». Le chef de l’Etat soudanais a pour sa part rejeté son inculpation qu’il assimile à une ingérence politicienne en vue des élections qui auront lieu en 2009.
Source: Sudonline