Vif ralentissement des émissions de sukuks, les obligations islamiques qui reposent sur un actif sous-jacent. A fin août, elles ont baissé de 39 % à 14 milliards de dollars, d’après Standard & Poor’s. Comme les autres marchés obligataires, celui des sukuks a été touché par l’écartement des spreads. Mais des raisons propres à ce segment expliquent également cette contraction.
La conformité avec la charia de certains sukuks a en effet été très discutée fin 2007, ce qui aurait conduit certains émetteurs à revoir la structure de leurs émissions et donc à les retarder. Pour 2008, l’agence de notation table sur 20 à 25 milliards de dollars d’émissions, alors que l’an dernier, au 31 août, les émissions avaient déjà représenté 23 milliards.
S&P est néanmoins optimiste pour ce marché qui pourrait représenter plus de 100 milliards de dollars en 2009. «Plusieurs pays asiatiques, y compris l’Indonésie, lancent actuellement leur sukuk ou étudient la possibilité de le faire», souligne l’agence. Pour l’heure, l’essentiel des émetteurs viennent des Emirats arabes unis et de Malaisie. Sur le premier semestre 2008, ils étaient à l’origine des trois quarts des opérations. La Malaisie, le centre asiatique de la finance islamique, ne compte pas ses efforts pour promouvoir les obligations islamiques, notamment grâce à un cadre réglementaire adapté. Les banques du pays font également connaître le produit en Asie, en particulier aux corporates qui y voient un moyen de réduire leurs coûts de financement et d’obtenir les fonds dont ils ont besoin alors que les conditions sont difficiles partout ailleurs. Au 31 juillet, les corporates étaient donc à l’origine de 86,4 % des émissions de sukuks.
Compte tenu du débat sur la conformité à la charia de certains sukuks, les structures de type ijara (contrat proche du crédit-bail) ont compté pour plus de la moitié des émissions au premier semestre, au détriment des musharakas (capital-risque) qui sont passés de 43 % en 2007 à 17 % en 2008.
Autre particularité de l’année 2008 sur le marché des sukuks, les émissions ont pour la plupart été réalisées en monnaies locales. Le dollar représentait moins de 15 % des montants émis au premier trimestre 2008 contre 45 % en 2007. La faiblesse du billet vert et les spéculations concernant une désindexation de certaines monnaies des pays du Golfe par rapport au dollar expliqueraient ce revirement.
Source: agefi