La République « assure la liberté de conscience » et « ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte ». Autrement dit, depuis 1905, « la construction des lieux de culte n'est plus financée par les pouvoirs publics », analyse Philippe Portier, professeur de sciences politiques, spécialiste des relations entre religions et laïcité.
• Pourquoi cette loi pose-t-elle aujourd'hui des problèmes d'application ?
Le paysage religieux a beaucoup évolué en cent ans. La religion musulmane est aujourd'hui la deuxième de France : on estime à quatre millions le nombre de personnes de tradition musulmane, dont environ 50 000 en Pays de la Loire. Ses fidèles prient souvent dans des conditions difficiles, en raison du manque d'édifices ou de leur exiguïté. « Notre mosquée est trop petite, malgré deux extensions prenant la forme de préfabriqués, dont l'un n'est pas chauffé, indique Mustapha Amrani, secrétaire général de l'Association islamique de l'ouest de la France, à Nantes. Le vendredi, ou pendant le ramadan, la place est souvent insuffisante. »
• Comment les nouveaux lieux de culte sont-ils financés ?
Par les dons des fidèles, essentiellement. « Nous faisons une collecte auprès des fidèles à Nantes et dans d'autres mosquées de France, explique Mustapha Amrani, dont l'association porte un projet à Nantes. Nous prônons le dialogue interreligieux et l'ouverture : notre future mosquée traduira cette volonté, en offrant de meilleures conditions d'accueil. » Y a-t-il des dons de l'étranger ? « Non. Nous souhaitons avoir une indépendance financière et politique. »
• Les villes participent-elles au financement des projets de lieux de culte ?
C'est très variable. Certaines villes n'aident pas du tout, d'autres subventionnent les espaces culturels des projets. « La loi de 1905 est un frein au financement, constate Philippe Portier. Certaines collectivités essaient de trouver des solutions non prévues dans la loi, pour permettre aux personnes de célébrer dignement leur culte. D'où cette diversité. »
• Quelles solutions ?
Une commission, présidée par Jean-Pierre Machelon, a été mise en place en 2005 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur. « Elle préconise de faciliter le financement des nouveaux lieux de culte, analyse Philippe Portier. Pour l'instant, cela n'a pas vraiment eu de suite en termes d'évolution législative. Les pouvoirs publics ne veulent pas toucher à la loi de 1905, par crainte de provoquer une levée de boucliers du camp laïc. »
Source: ouest-france