La finance islamique est basée sur la sanction juste des mécanismes régulateurs du marché

13:14 - November 17, 2008
Code de l'info: 1709199
Article(IQNA)- La crise de l’économie mondiale, initialement une crise de titres financiers américains obsolètes, ne cesse de s’étendre et de faire de nouvelles victimes à travers le monde.
Les Bourses internationales ont essuyé des pertes pour le moins astronomiques et des piliers de la finance mondiale se sont effondrés du jour au lendemain.
Les pertes réelles et l’étendue de la casse ne sont pas encore cernées par les autorités politiques et monétaires mondiales. Les banques centrales se montrent solidaires pour le sauvetage du système de sa crise systémique, probablement, la plus dévastatrice de tous les temps en injectant des centaines de milliards de dollars, d’euros, et d’autres monnaies.
Pour le moment une branche de la finance mondiale affiche une santé insolente et bizarrement en toute contradiction avec les évolutions actuelles: c’est la finance islamique.
Avec une croissance des plus explosives en capitalisation et en fonds de gestion estimés à près de 1.000 milliards USD, cette branche commence à se faire des adeptes de renom et de taille mondiale: certains lands en Allemagne, le Premier ministre anglais, les autorités monétaires japonaises et même les autorités monétaires françaises commencent à afficher leur intérêt à cette finance spécifique.
En effet, la connaissance détaillée de la nature de cette finance, ses règles, ses principes, les produits qu’elle se propose de fournir et les différences qu’elle a avec la finance universelle classique permettra de mieux l’apprécier et de mettre le commun des Algériens au diapason de ce qui se fait au niveau universel.
Les principes déclarés de la finance islamique découlent directement des préceptes de la chari’a islamique.
Ils sont l’interprétation pratique et l’application sur les finances de règles et de la loi divine, à savoir: l’exercice et le financement des activités licites uniquement, l’exercice et le financement des activités soumises aux règles morales justes et communes des marchés, l’exercice et le financement des activités de la sphère réelle adossées à des biens réels et non aux activités spéculatives adossées à des titres financiers, l’exercice et le financement des activités respectant la morale islamique, éthique et humaine.
Pour ce faire, ces institutions ont créé des conseils scientifiques pour étudier et donner leur accord à la mise en place de tout produit ou instrument financier ou bancaire. Ces conseils, assimilés à des conseils d’homologation, sont composés d’éminents hommes du savoir et de la connaissance, notamment en économie, en finances, en banques et en religion: les économistes, les financiers et les banquiers se chargent du volet conceptuel et technique des produits.
Ils les mettent au point en prenant en considération les besoins de la société et les exigences du marché. Quant aux oulémas de la chari’a, du fik’h et du hadith prophétique, ils s’occupent du volet théologique de ces produits et de leur conformité aux préceptes de la loi coranique.
Ensuite, la finance islamique est basée sur l’instauration de la compétence et la compétitivité utile et génératrice de richesses pour toute la société et non sur la compétence et la compétitivité virtuelle et souvent délictuelle génératrice quant à elle de bulles financières spéculatives.
Enfin, elle est basée sur la sanction juste des mécanismes régulateurs du marché pour ne laisser en son sein que ceux qui sont vraiment nécessaires et économiquement utiles. Notons que d’autres formes d’Ar-riba existent mais qui ne concernent pas des pratiques bancaires et financières.
En fait, le risque temporel et de fausse anticipation d’évolution des marchés peut remettre en cause la réalisation de la transaction basée en fait sur l’incertitude totale et la spéculation pure et simple voire même sur la détention délictuelle d’une information privilégiée et préalable. Ce qui pousse les conseils d’homologation de la finance islamique à qualifier ce genre de transaction et de produits financiers de jeu de hasard qui est expressément prohibé par la chari’a. La justification économique de ce principe se trouve dans le souci de ne pas priver l’économie réelle et productive de fonds et de financements au profit de ce jeu financier qui n’apporte aucune valeur ajoutée.
Il encouragerait, plutôt, le délit d’initié des opérateurs et les pratiques douteuses d’achat et de vente de l’information pour mettre toutes les chances du côté du sens de l’anticipation dans ce jeu impitoyable de spéculation. Les économistes de la pensée islamique justifient également la prohibition de ces transactions par la nécessité d’orienter les fonds disponibles au financement de l’économie réelle, là encore, au lieu de les laisser alimenter les bulles financières vides de toute productivité et de richesse utile.
Notons là aussi, que d’autres formes de Bai’a Al Gharar existent également dans la sphère réelle, à savoir les achats à terme portant sur des produits inexistants au moment de la conclusion de la transaction (financement d’achat des poissons non pêchés, financement d’achat de fruits et légumes immatures et non cueillis).
C’est le cas d’El Moucharaka et d’El Moudharaba. El Moucharaka signifie l’association, et à partir de ce terme, le mot Charika «société» a été dérivé. Dans ce cas, un investisseur ou un opérateur et un banquier islamique s’associent dans le cadre de la réalisation d’un projet visant la production et/ou la commercialisation de biens et services Halal «licite». Les bénéfices et les pertes générées par le projet seront partagés au prorata des participations des deux parties.
Elle entraîne automatiquement une participation du bailleur de fonds islamique dans la gestion des affaires de l’entreprise et lui confère tous les droits d’un associé ou d’un propriétaire. Cette forme de financement peut se pratiquer à l’investissement comme l’exploitation, car le financier islamique peut financer l’acquisition de biens d’équipement ou l’achat de marchandises pour la revente en l’état.
Mais si le raisonnement est poussé plus loin, il en résultera que même en cas de transfert de la crise sur la sphère réelle, la finance islamique en est presque prémunie car elle investit dans les entreprises dont l’activité est hallal donc sans aucun souci de crédit classique. Notons par ailleurs, que si ce raisonnement est valable pour les banques et les sociétés financières islamiques, il ne l’est pas pour les sociétés d’investissement immobilier du Moyen-Orient car elles sont exposées directement à cette crise et c’est pour cette raison que les cours des actions de ces dernières s’effondrent dans les Bourses des pays du Golfe. Ceci dit, actuellement, la finance islamique n’est pas encore totalement exempt de critiques car comprenant plusieurs points faibles auxquels les musulmans doivent apporter des améliorations.
Elle soit basée sur des règles morales et non juridiques, la tendance des banques et institutions financières islamiques à financer des opérations commerciales (risque de contrepartie élevée), leur tendance à financer des opérations d’exploitation et non des opérations d’investissement, leur tendance à financer des opérations en dehors du monde musulman (risque pays élevé), leur tendance à financer des opérations libellées en devises étrangères et non en monnaies locales des pays musulmans (risque de change élevé) et ils sont rarement destinés et orientés vers les titres de participation et des actions en capital malgré leur importance et leurs produits et leur licité.
La mise en place des règles et des produits de la finance islamique n’a jamais été une chose aisée car confrontée non seulement à la réticence et au refoulement de la finance universelle mais aussi à l’embargo médiatique si ce n’est la déformation délibérée de ses motivations et de ses objectifs. Mais la crise actuelle va certainement donner un nouveau souffle à cette branche ô combien sensée en ces temps de vaches maigres et de débats plus ou moins objectifs.
Source: Algerie-Monde.com
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