A travers les écrits des historiens, les fouilles des archéologues, les notes des anthropologues, les tableaux des peintres, les vers des poètes, et les chroniques des premiers explorateurs et aventuriers notamment occidentaux.
Tous ceux qui ont dressé des portraits, décrit des paysages, des monuments, des décors, pour comprendre une ville, des hommes, des us et coutumes, au cours de l'histoire.
Dans "Kairouan, l'autre mémoire", publié par les éditions Sahar 2008, l'auteur, Mokthar Boukhris, -un homme de lettres-, tente de faire la lumière sur certains écrits qui, ''bien qu'ils soient une mine de renseignements inestimables sur la ville de Kairouan", n'en demeurent pas moins remplis de préjugés et de calomnies.
Et parce que l'histoire exige de la clarté, l'objectif, lit-on dans l'introduction, est de proposer au lecteur un rapport succinct sur des chroniques longtemps reléguées aux oubliettes.
En commentant les unes, en exposant les idées d'autres ou en répondant à certaines fausses allégations.
Car, "l'image d'une ville se trouve pour qui sait en déchiffrer les signes obscurs, dans les yeux d'autrui". En revenant sur un passé lointain, l'auteur s'intéresse à Kairouan du 16ème au 19ème siècle en suivant les traces des premiers aventuriers européens, à travers leurs chroniques et leurs notes de voyage.
Il convient de citer à ce sujet Hassan Al-Wazzan, dit Léon l'africain, Luis Del Marmol Karvajel, Peyssonnel, Guy de Maupassant, et bien d'autres qui ont tracé "la carte matérielle de la ville et d'une manière moins perceptible la structure du modèle culturel en vigueur".
Dans ces écrits se profile l'image d'une ville scrutée sur place et recréée à travers une perception personnelle, une vision occidentale d'une ville qui "constitue un cas paradoxal dans l'histoire de l'exploration de la Tunisie par les Européens".
Ce feed-back ramène l'auteur à Kairouan du 20ème siècle. Kairouan, aux yeux des peintres, écrivains et poètes pour qui cette ville demeure surtout le haut lieu de spiritualité par excellence.
"Je t'épelle Kairouan dans cette maison vide... Heure de la prière, j'écoute ta voix, depuis les marges de Kairouan" (extraits du récit de la poétesse portugaise Rose Alice Branco "Le palmier de Kairouan" ).
Voués à l'observation de la nature et des individus, ces passants, ont nourri leurs oeuvres, écrites ou picturales, pour brosser des paysages et des modèles susceptibles de répondre à leur sensibilité.
C'est ainsi que les peintres ont puisé leur inspiration aux sources de cette ville, sous son intense lumière, en faisant jaillir les couleurs de leurs aquarelles et les sublimes modulations de leurs tableaux. Baignée de "lumières diaphanes", nimbée "de couleurs magiques", "auréolée de splendeurs sacrées", Kairouan a pu séduire plus d'un artiste, plus d'un peintre.
Pour ne citer que Kairouan I (1914) de Louis Moilliet, Kairouan III d'Auguste Macke et "Vue de Kairouan" (1914) de Paul Klee.
Ce peintre allemand du 20ème siècle, ivre de son voyage en Tunisie, a été fasciné par l'intensité de la lumière de Kairouan. C'est bien dans cette ville où il a eu, d'ailleurs, son profond cri de coeur. Par sa célèbre révélation : "La couleur me possède.
Point n'est besoin de chercher à la saisir.
Elle me possède. Je le sais. Voilà le sens du moment heureux: la couleur et moi sommes un. Je suis peintre".
Source: jetsetmagazine