Khezr : du prophète au guide personnel vers la "Source de la vie"

11:51 - March 27, 2009
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Article(IQNA)- Figure énigmatique du Coran et de l’ensemble de la tradition musulmane, Khizr, appelé Khezr en persan et Khidhr en arabe, a été au centre de nombreuses légendes et récits mystiques et a parfois été assimilé au prophète Elie, à Saint Georges ou encore à Alexandre le Grand.
Son nom est dérivé de la racine "Khdhr" (خضر) faisant référence à la couleur verte [1], étant donné qu’il est souvent associé à la nature et que, selon certains récits, la terre devenait verdoyante à son passage.
Khezr aurait bu à la "Source de la vie", symbolisant les hautes connaissances spirituelles acquises non pas au travers du raisonnement, mais grâce à un lien direct avec Dieu. Il est à ce titre considéré comme le détenteur d’un savoir mystique situé au-delà de tous les cadres référentiels de l’intellect humain. Parfois surnommé le prophète caché, l’homme vert, le roi de l’Hyberborea, ou encore le serviteur de Moïse, il compte parmi les quelques 124 000 prophètes (anbiyâ) évoqués dans la tradition musulmane, et est également l’un des quatre prophètes "éternels" ou "vivants" reconnus par l’Islam. [2] Son statut n’en demeure pas moins discuté, certains le considérant comme un saint, d’autres comme un prophète ou encore un "guide spirituel atemporel" dont l’esprit insufflerait les vérités divines aux âmes des croyants. Cité dans le Coran où il incarne l’initiateur de Moïse, il occupe une place centrale dans de nombreux courants mystiques de l’Islam et, de par sa ressemblance avec certaines figures des traditions judaïque et chrétienne peut, en soulignant l’existence de motifs communs eux-mêmes révélateurs d’aspirations profondes partagées, constituer le support d’une réflexion plus globale dans le domaine des religions comparées.
Il apparaît difficile, voire impossible, de retracer avec précision la généalogie "terrestre" de Khezr : selon certains récits, il serait un descendant de la cinquième génération de Noé, ou aurait vécu à la même époque que Moïse. Selon d’autres versions, il ne se serait jamais incarné dans l’histoire et ne serait qu’un archétype spirituel et donc immortel au regard des réalités de ce monde. Il résiderait au sein du monde imaginal, "point de rencontre des océans célestes et terrestres" où, selon les versions, dans une île verte ou sur un tapis vert au cœur de l’océan…
Khezr aurait réussi à atteindre la "Source de la Vie" et se serait abreuvé de l’"Eau de l’Immortalité". Il échapperait donc à la vieillesse et à la mort et est à ce titre souvent décrit comme un jeune homme à la beauté inaltérable, d’où son titre de "prophète éternel" évoqué plus haut. Ce serait également suite à cela que son manteau se serait coloré de vert. Le vert symbolise également la fraîcheur de la connaissance, le cycle perpétuel de la vie, ainsi que la "renaissance" du pèlerin à lui-même à l’issue de sa rencontre avec Khezr. Plus généralement, le vert est, en islam, la couleur spirituelle par excellence symbolisant la sagesse divine que reçut également le prophète Mohammad. Elle revêt également des significations mystiques diverses.
Le personnage de Khezr intervient dans la sourate 18 intitulée "La caverne" (al-Kahf), où il apparaît comme l’initiateur de Moïse et le détenteur d’une science divine dépassant les lois de l’entendement humain. Le récit commence avec la déclaration de Moïse à Josué, alors qu’ils sont en mer : "Je n’arrêterai pas avant d’avoir atteint le confluent des deux mers, dussé-je marcher de longues années". Selon les commentateurs, ce "confluent" fait ici référence aux hautes connaissances divines, et plus précisément à la rencontre de deux types de connaissance : l’une d’ordre exotérique et l’autre ayant une dimension plus ésotérique et mystique. La mer en soi symbolise également l’immensité illimitée de la science divine, alors que son "confluent", point de rencontre des deux types de savoir, marque l’apparition de la connaissance au sens vrai et l’accès à la compréhension de la sagesse divine.
En outre, peu avant la rencontre de Moïse avec Khezr, le Coran fait mention d’un poisson, symbole de la connaissance et de la sagesse, que Josué laisse malencontreusement s’échapper.
La disparition du poisson-sagesse qui devait être leur repas signale la perte de ce qui aurait permis à Moïse la compréhension subtile des événements qu’il va vivre avec Khezr : "lorsque tous deux eurent atteint le confluent, ils oublièrent leur poisson qui prit alors librement son chemin dans la mer". Le poisson, qui était mort, reprit vie lorsque Josué l’oublia, ce qui suggère également la nécessité de mourir à soi-même pour atteindre la vraie connaissance, ainsi que la nécessité de s’y immerger de tout son être pour en saisir le sens profond. Le poisson incarne donc ici la voie par excellence de l’accès à la connaissance. L’étape suivante est celle de la rencontre avec Khezr, qui accomplit une série d’actions semblant contredire la Loi divine révélée, et qui choquent profondément Moïse.
Selon certaines versions, cette rencontre aurait eu lieu après que Moïse ait affirmé être l’un des hommes les plus savants en matière de religion. Dieu aurait donc provoqué la rencontre avec Khezr pour lui montrer que les "sciences religieuses" ne se limitent pas à leur aspect purement légaliste. Khezr est donc l’initiateur de Moïse qui lui apprend, au-delà de l’apparence, à saisir le sens profond de certains événements de l’existence, au-delà de leur apparence néfaste ou illogique. Il suggère également l’existence d’une sagesse divine insondable transcendant la loi révélée (shari’a) et la religion littérale. Ces versets ont occupé l’esprit de nombreux commentateurs du Coran, de mystiques, de philosophes et de théologiens qui se sont efforcés d’en saisir le sens profond : qui fut réellement Khezr ? Un personnage historique ou un symbole ? Est-il un prophète, un messager, ou un "walî" (ami de Dieu) ?
Source: teheran.ir
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