C’est, en effet, le meilleur moyen de traiter certaines problématiques et de s’adapter aux changements que connaissent les pays islamiques. A ce titre, l’ijtihâd est donc une nécessité dictée par l’évolution que connaît le monde moderne à tous les niveaux.
Intervenant à l’ouverture d’un colloque international qui se tient aujourd’hui au siège de l'UNESCO à Paris sous le thème : «L’islam et l’effort d’adaptation au monde contemporain: l’impératif de l’ijtihâd», le Directeur général de l'ISESCO a indiqué que «l’adaptation de l’islam au monde contemporain est, à nos yeux, un processus complexe où interfèrent plusieurs éléments et où l’on doit tenir compte à la fois des préceptes islamiques et de l’intérêt général des sociétés musulmanes.»
«Or, l’intérêt des communautés doit être mesuré à l’aune du changement et du renouvellement que connaît la vie contemporaine. Cependant, l’adaptation au monde moderne ne doit ignorer ni les constantes religieuses ni les spécificités culturelles et civilisationnelles. Car en respectant ces spécificités, on respecte la diversité culturelle qui est considérée aujourd’hui comme un droit humain, en vertu de la Convention internationale sur la diversité culturelle, adoptée par l’UNESCO. », a-t-il ajouté.
Il a indiqué que parce que c’est une religion de vie, l’islam se veut valable en tout temps et en tout espace. Ce principe constitue la base sur laquelle il prend appui pour renforcer sa capacité à s’adapter aux changements et à se renouveler de manière continue et pondérée.
L’islam est une religion qui pousse l’homme vers le progrès et favorise son développement intellectuel, spirituel et social. Ce n’est nullement une religion passéiste et moyenâgeuse comme le laissent entendre ceux qui ne veulent pas reconnaître la contribution de l’islam à la civilisation humaine à travers l’histoire. Ceux-là sont loin de la vérité et ne font qu’induire en erreur à travers ce qu’ils disent et ce qu’ils écrivent. Ayant la religion en aversion, ils minent par leurs allégations les principes humains et exacerbent les conflits et l’instabilité des sociétés humaines, a affirmé le Directeur général de l’ISESCO.
Et d’ajouter : « En islam, l’ijtihâd est un moyen de s’adapter aux changements de toutes les époques de façon à ne pas se contredire avec les préceptes généraux de la religion ni avec les fins de la charia. L’ijtihâd, spécificité islamique, est un exercice recommandé, voire incontournable. Si l’ijtihâd s’est estompé par moments, c’est à cause de la sclérose qui a frappé les esprits. L’usage de l’intellect et de la Raison dans l’interprétation des textes religieux et la déduction des règles en conciliant dogme et exigences du développement sont des prescriptions de l’islam et du Saint Coran. »
Il a indiqué que s’il constitue un devoir pour les détenteurs du savoir et les esprits sages et éclairés, l’ijtihâd doit toutefois procéder d’une réflexion collective qui prenne en compte les intérêts de la Oumma, car une réflexion individuelle émanant d’une personne profane ou d’un esprit étriqué ne saurait être édifiante. En effet, pareille réflexion détruit au lieu de construire et porte préjudice à l’islam et aux Musulmans au lieu de les valoriser.
Et de conclure en ces termes : « Pour montrer à l’opinion publique occidentale que l’ijtihâd en islam est la voie royale pour s’adapter au monde contemporain, nous avons résolu de tenir ce colloque. A cet égard, nous espérons pouvoir apporter plus d’éclairage sur la réalité de l’islam et montrer comment cette religion peut s’accommoder des exigences du temps et de l’espace. Nous voulons également démontrer que l’islam est une religion qui incite au développement, exhorte à la paix, honore l’être humain, glorifie la Raison et sauvegarde les droits de l’homme. »
Sont également intervenus à la séance d’ouverture du colloque, Dr Jean-Pierre Machelon, doyen de la faculté de droit de l’Université Paris Descartes (Paris V) et Dr Charles Saint-Prot, Directeur de l’Observatoire d’études géopolitiques (OEG) et Centre de droit international, européen et comparé (CEDIEC) de la Faculté de droit Paris Descartes.
Placée sous la modération du Dr Abdulaziz Othman Altwaijri, la première séance de travail s’est ensuite tenue sur le thème « Ijtihâd, problématique et défis ». Les interventions ont été comme suit : Dr Charles Saint-Prot: « Le principe de mouvement dans la structure de l’Islam » ; Prof. Isam Eldin Ahmed Elbachir : «Vers un Ijtihad alliant authenticité et modernité ; Prof. Eric Geoffroy: « l’ijtihâd spirituel : fondements et méthodologie» ; Dr Wajih Beaini: « L’ijtihâd et le réformisme dans la perspective des pionniers de la Renaissance arabo-islamique » ; Dr Mohammed Moussaoui: « L'importance de l’ijtihâd dans l'Islam Contemporain» ; et Dr Mohammed Mestiri: « Ijtihâd et intérêt public ».
A signaler que ce colloque se tient en en coopération entre l'ISESCO, l’Observatoire d’études géopolitiques (OEG) et Centre de droit international, européen et comparé (CEDIEC) de la Faculté de droit Paris Descartes.
Source: ISESCO