Quatre ateliers sont prévus durant les trois jours de travaux de ce séminaire, a indiqué le directeur des affaires religieuses de la wilaya de Constantine, M. Youcef Azzouza, précisant qu’ils se pencheront respectivement, sur les aspects juridiques et sur les dispositions de la chariâa an matière de biens waqfs, la gestion moderne des biens waqfs, l’administration des institutions waqfs, et la protection et la récupération des biens waqfs.
Il devait mettre l’accent sur "l’abandon qui affecte le patrimoine waqfs dans la plupart des villes algériennes, notamment les locaux commerciaux rattachés en donations de longue date à certaines mosquées, mais dont le prix de la location est insignifiant par le simple fait qu’il est resté inchangé depuis de nombreuses décennies".
Intervenant à son tour pour ouvrir officiellement les travaux du séminaire, le directeur central des biens waqfs au ministère des affaires religieuses, M. Belkacem Kherouata devait dresser un tableau sur la situation du patrimoine des biens waqfs en Algérie, "appelé à connaître une réhabilitation qui nécessitera", devait-il souligner, de "veiller à la formation des personnes en charge de ces biens, tout en sensibilisant le citoyen sur l’importance de cette institution centrale dans la société musulmane".
M. Kherouata qui a évoqué l’essor des biens waqfs à l’époque ottomane, sous l’impulsion des zaouias , a souligné que cette institution permettait de financer et d’entretenir non seulement des mosquées, mais également d’assurer le fonctionnement de l’enseignement et de l’éducation, de lutter contre la pauvreté, d’entretenir des biens publics, et même de financer l’achat des armes et d’assurer l’entretien des corps d’armée tels que les janissaires, a-t-il rappelé.
Le représentant du ministère des affaires religieuses a souligné que "la spoliation et la dislocation du patrimoine wakfs durant la colonisation a eu pour effet de détruire une institution centrale dans la société algérienne, qui devait attendre plusieurs années après l’indépendance pour connaître un début de réhabilitation, avec l’avènement de la loi relative à la gestion de ces biens".
Le même intervenant a souligné que "l’option socialiste et l’application des textes relatives à la révolution agraire promulgués dans les années 1970 devaient mettre en veilleuse toute velléité de redonner sa place au patrimoine waqfs", ajoutant qu’à l’heure actuelle "le plus important est de procéder à un recensement précis de ce patrimoine dans toutes les villes et communes d’Algérie, car ce qui est connu de ces richesses est infiniment moins important que ce qui reste à mettre à jour et à récupérer".
Dans sa communication, le Dr Samir Djaballah de Constantine, a évoqué l'histoire des biens wakfs en Algérie, indiquant que "cette institution a pris son essor à partir du 15ème siècle, avec le concours des confréries soufies", citant l’exemple d’Alger où "le mausolée de Sidi Abderrahmane Taalibi disposait de 82 propriétés wakfs, locaux de commerces, exploitations agricoles, vergers, biens immeubles, dont les revenus sont exclusivement réservés aux £uvres caritatives".
L’historien qui a cité également le cas de la grande mosquée d’Alger qui fonctionnait grâce aux ressources de 159 propriétés waqfs, a indiqué qu’à partir de 1830 la France coloniale qui avait pourtant pris l’engagement de respecter les institutions religieuses et sociales en Algérie, finira par réduire à néant les biens waqfs, considérés comme "un obstacle à la spoliation des richesses nationales et un instrument de défense des valeurs culturelles de la société musulmane".
M. Djaballah a indiqué que "dans les environs d’Alger, la moitié des terres agricoles appartenait aux domaines des waqfs rattachés à de nombreuses institutions religieuses, culturelles et caritatives, elles finiront par être spoliées au profit de la colonisation et de son administration".
L’historienne Fatima Zohra Guechi est intervenue pour traiter de l’histoire des biens wakfs à Constantine, un sujet sur lequel elle prépare un ouvrage à paraître prochainement, a-t-elle annoncé.
Dans son intervention, Mme Guechi a mis l’accent sur le rôle de Salah Bey qui régna sur le Beylik de Constantine de 1771 à 1791, en mettant en exergue l’action de ce suzerain en faveur de la réorganisation des biens waqfs, dont un très grand nombre seront détruits par la colonisation, pour faire place à construction de la ville européenne, sur une partie importante de l’ancienne médina, a-t-elle souligné.
L’historienne a présenté le résultat de ses recherches concernant les rares registres des biens wakfs encore conservés dans les archives, notamment le registre qui a été institué sous Salah Bey, appelant au passage, les familles en possession de tels documents, à en faire le meilleur usage, en les mettant à la disposition des chercheurs et historiens.
D’autres spécialistes venus d’Alger, de Tamanrasset, de Biskra, donneront des communications sur divers autres aspects de cette question, en plus des invités d'autres pays, d’Egypte, du Liban, d’Arabie Saoudite, du Koweit, des Emirats Arabes Unis, qui feront part de leurs expériences respectives dans ce domaine.
Le premier séminaire consacré aux biens waqfs s’est déroulé à Dar El Imam de Constantine en avril 2006 et avait abordé la question de "l’importance économique et sociale des biens waqfs".
Source: elmoudjahid