-Que recouvre le terme "finance islamique" ?
-La finance islamique est une forme de finance alternative qui fait appel à des techniques spécifiques de structuration financière. Elle a de nombreux points communs mais également de réelles différences avec la finance conventionnelle. En l'occurrence, elle poursuit les mêmes objectifs en termes de performance financière. Sa spécificité provient du fait qu'elle veille au respect d'un ensemble de règles et de principes dictés par l'éthique musulmane, parmi lesquels le principe de partage des pertes et des profits, la prohibition de l'intérêt usurier, l'obligation d'adosser tout placement à un actif réel, ou encore l'interdiction des activités jugées illicites en Islam.
-Dans quels pays est-elle mise en oeuvre ?
-La finance islamique a aujourd'hui plus de 30 ans. Elle est née et s'est développée dans les pays musulmans du Golfe et de l'Asie du Sud-Est. Elle est ainsi présente en Malaisie, Indonésie, Pakistan, Singapour, Abu Dhabi... Des institutions financières islamiques existent également sur le continent africain, au Maroc, en Algérie ou encore au Soudan. Aujourd'hui, des banques islamiques ont également vu le jour en Europe occidentale, en Grande-Bretagne notamment, et aux Etats-Unis. De grandes banques occidentales, y compris françaises, se sont également implantées dans la région du Golfe et développent une activité conforme à la Charia pour proposer des produits islamiques aux entreprises et aux banques islamiques de la région.
-Quels sont les principaux marchés et produits islamiques cotés ?
-La finance islamique est dotée de ses propres instruments financiers, par exemple dans les domaines de la banque commerciale, du financement de projets, de la banque de marché, de la gestion d'actifs... La plupart sont des engagements de gré à gré comme les contrats de Murabaha, Ijara, Mudharaba, Mucharaka ou Takaful. La majorité de ces opérations sont encore très peu standardisées et souvent élaborées sur mesure. Le caractère islamique d'un produit financier est validé par un conseil de conformité à la Charia (Sharia Board) composé de savants (Sharia Scholars).
Il existe également des produits Sharia Compliant cotés tels que des fonds, des indices boursiers et des "trackers" sur indices. Toutefois, les marchés de produits financiers islamiques sont encore assez peu profonds et liquides, comparés à leurs équivalents conventionnels.
En France, la finance islamique intervient pour l'heure surtout dans le secteur immobilier, avec des opérations de financement "sharia compliant" réalisées pour le compte de clients particuliers institutionnels. Elle est amenée à se développer à la suite des mesures réglementaires réalisées et à venir.
L'articulation particulière entre finance et religion que présente la fiance islamique fait qu'elle nécessite le développement de produits spécifiques. Si, en finance conventionnelle, la norme qui préside aux décisions financières est l'optimisation du couple risque-rentabilité, la performance n'est pas l'unique, ni le principal critère de décision pour les opérateurs islamiques. La finance islamique, tout en intégrant des objectifs de rentabilité, se doit de respecter l'ensemble des principes éthiques de la Charia. C'est cette contrainte majeure qui induit la nécessité d'innover et de développer de nouveaux produits structurés. En définitive, la finance islamique est un ensemble de techniques de structuration de produits financiers présentant un moyen alternatif pour investir et lever des fonds en conformité avec les principes de la Charia.
Source: lesechos