Habituellement collectée par les mosquées, la zakât el-Fitr est de plus en plus redirigée vers les ONG humanitaires musulmanes afin qu’elle soit redistribuée à l’étranger, notamment à Gaza. Trois responsables d’ONG se sont exprimés à ce sujet pour Saphirnews.
La zakât, l’aumône légale, constitue le troisième pilier de l’islam. Elle constitue une obligation du riche envers le pauvre et une règle de solidarité au sein de la communauté musulmane. Avec la zakât al-maal, une aumône prélevée chaque année sur l’argent épargné − c'est pourquoi l'on nomme aussi cette zakât « impôt social purificateur » −, la zakât el-Fitr est le second impôt obligatoire, dont chaque musulman, qui en a les moyens, doit s’acquitter avant la prière de l’Aïd afin que les nécessiteux puissent célébrer ce jour dans les meilleures conditions.
Fixée à 5 € par personne, la zakât el-Fitr est une forme de purification du fidèle et de ceux dont il a la charge pour ce qui aurait pu entacher leur jeûne tels que les paroles futiles et indécentes. Pour Youcef Benderbal, chargé de la communication du Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens (CBSP), la zakât est un moyen de lutte contre l’exclusion. « On a beau dire que le montant en lui-même est modeste mais le don, peu importe sa somme, fait des merveilles. »
« Le Ramadan est associé aux notions de patience, du pardon et du vivre-ensemble mais aussi du partage. Un partage de compassion par l’abstention et un partage de générosité par le don. Pour valider toutes les actions du jeûneur, il y a la zakât el-Fitr. On observe ainsi une relation verticale entre le jeûneur et Dieu à travers cet acte d’adoration et une relation horizontale entre les hommes à travers cet acte solidarité », explique Ouahid Abassi, directeur de la communication et du développement du Secours islamique France (SIF).
Libre aux musulmans de céder cet argent directement à des nécessiteux. Pourtant, la plupart des donateurs préfèrent aujourd’hui remettre leur zakât aux mosquées et aux associations locales, du fait que les responsables jouissent d’une relation de proximité plus étendue avec les fidèles et sont à même de connaître les besoins des musulmans fréquentant ces lieux.
Si on compte 5 à 6 millions de musulmans en France, la zakât el-Fitr s’élèverait entre 20 et 30 millions d’euros. Tous ne donnent pas et tous ne sont pas forcément imposables mais le chiffre reste conséquent, surtout quand ils sont nombreux à donner plus que 5 €. Une tendance est cependant à noter. Pour des raisons de transparence ou de préférence, les ONG d’obédience musulmane sont de plus en plus chargées de redistribuer cette aumône en France et surtout à l’étranger.
Selon la FAO et le PAM, 25 000 personnes meurent de la faim chaque jour dans le monde. Plus de 1 milliard de personnes souffrent de la faim et de la malnutrition**. « C’est une source de motivation pour les humanitaires pour tenter d’éradiquer ce fléau. La zakât el-Fitr participe de manière très positive à réaliser ces objectifs de lutte contre la malnutrition et la pauvreté dans le monde », rappelle, à ce titre, M. Abassi.
Pour M. Benderbal du CBSP, qui se charge exclusivement des Palestiniens du Liban, de Cisjordanie, de Gaza et de Syrie, « le budget en lui-même est assez conséquent puisqu’on a débloqué 745 000 € uniquement pour la période du Ramadan, dont 350 000 € réservés pour la zakât el-Fitr ».
Source: saphirnews