Le mouvement islamique marocain «Justice et Spiritualité»

12:50 - February 21, 2010
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Maroc(IQNA)- Nadia Yassine (51 ans) est politologue de formation. C’est la fille aînée d’Abdessalam Yassine, fondateur et chef du principal mouvement islamique au Maroc, «Justice et spiritualité» (Al-Adl). Elle est membre fondateur de sa section féminine.
Elle agit comme le porte-parole officieux d’al-Adl. L'idéologie d’Al-Adl ne diffère pas substantiellement de celle des autres mouvements islamique.
Son projet politique est l'instauration du Califat, un État théocratique («L’islamisme au Maroc»). Cet État est basé sur la charia, avec pour corollaire la restriction des libertés individuelles comme le droit de penser, de s'habiller autrement, l'interdiction de renier ou de ne pas pratiquer l'islam ou encore d'adopter des pratiques alimentaires non autorisées comme la consommation d'alcool ou de la viande de porc, tout en invoquant les droits de l'homme pour contester certaines actions des autorités marocaines contre ce mouvement. Al-Adl préconise l’instauration d’un État où l'autorité ultime serait exercée par l'autorité religieuse.
Nadia Yassine est poursuivie actuellement dans son pays pour atteinte aux «institutions sacrées de la nation». Elle est l’auteure de «Toutes Voiles Dehors» (2003). Nous nous sommes entretenu avec elle au sujet du Mouvement «Justice et Spiritualité». Entrevue réalisée par Aziz Enhaili pour Tolerance.ca.
Aziz Enhaili: Qu'est-ce que «Al-Adl»? Quels sont ses objectifs?
Nadia Yassine: Le mouvement Al-Adl wa al Ihsane, «Justice et Spiritualité», a résumé ses objectifs dans cette appellation. Celle-ci est tirée d’un verset du Coran où Dieu ordonne aux croyants d’établir la Justice sociale en même temps que la Spiritualité individuelle.
Pour cela, l’action du mouvement qui a pour but de renouer avec la spiritualité (universelle somme toute puisque l’islam est venu parfaire celles des deux autres religions monothéistes), n’avait d’autre choix que de s’inscrire dans la lutte politique. Plus que cela, la contextualisation de cet engagement politique (dans le sens de gestion de la cité) ne pouvait se faire que dans l’opposition systématique à un système qui ne comptait pas et ne compte pas encore donner la main à une véritable société civile. L’autocratie verrouillée qu’est le Makhzen (un système traditionnel de gouvernance au Maroc, ndi) ne lui laissait qu’un seul choix: rester en dehors du système.
Aziz Enhaili: Quels sont les moyens auxquels recourt «Al-Adl» pour atteindre ses objectifs?
Nadia Yassine: Notre approche est volontariste puisque l’objectif, le moyen et l’espoir sont l’Humain. Ayant opté pour la non-violence par principe et par conviction, le changement ne peut venir, selon cette approche, que par la base de la société. L ’éducation est la seule arme susceptible de faire grincer la machine. Ce travail est bien sûr un travail de fourmi qui ne peut se faire que dans la spiritualité et l’endurance. Il implique aussi le long terme. La foi manipulée qui a servi les despotes à travers les siècles doit redevenir grâce à un effort soutenu, une énergie qui, non seulement nous fait renouer avec le sens mais nous permet également de briser toutes les chaînes établies par une autocratie aux nombreux complices, dont une certaine jurisprudence autocratique et machiste.
Aziz Enhaili: Pouvez-vous nous parler de la structure de l'organisation islamique et de ses sources de financement? Est-elle dotée d'un Think Tank pour la nourrir de ses analyses?
Nadia Yassine: La structure et le fonctionnement du mouvement sont tirés de la théorie de base établie par le fondateur qui se trouve être mon père, Abdessalam Yassine. Cet homme est un érudit loin des clichés que l’on colle aisément à tout penseur se réclamant de l’islam. Il fut le représentant culturel du Maroc du temps d’Hassan II et avait une culture des plus ouvertes à maintes expériences culturelles étrangères. La structure du mouvement était au moment de sa création pyramidale semblable à celle de tout mouvement structuré. Ensuite et par pragmatisme inhérent à l’ijtihad prôné, les structures ont évolué et ont donné une organisation plus complexe qui respecte une certaine décentralisation mais aussi le partage des tâches et des secteurs.
Source: tolerance
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