La rencontre entre catholiques et musulmans n'est pas seulement une rencontre interreligieuse. Elle tient d'abord à ce que les uns et les autres se croisent quotidiennement sur les lieux de travail, les terrains de sport, dans les écoles où vont leurs enfants et dans de multiples associations.
C'est le cas de la commune de Bourganeuf où une importante population turque, en majorité musulmane, est présente depuis les années soixante-dix.
Mais si la présence de musulmans en France, à l'image de la Creuse, n'est pas récente, l'Islam, lui, est devenu socialement plus visible : mois de ramadan, débats autour de la construction de mosquées, multiplication de mariages mixtes et conversions.
Une visibilité qui a fait naître, malgré elle, aujourd'hui, incompréhension, préjugés et stéréotypes.
D'où l'enjeu de la démarche proposée par un groupe de chrétiens de la paroisse de Bourganeuf, avec la conférence-débat « Catholiques et Musulmans : vivre ensemble avec nos différences », où les deux communautés étaient représentées, animée par Christophe Roucou, prêtre et responsable national des relations avec l'Islam pour l'église catholique.
« Au départ, il y avait une grande difficulté de communication. D'un côté des groupes plutôt fermés et de l'autre des personnes qui commençaient à s'inquiéter. On a beaucoup évolué dans notre approche de la population turque et on veut changer le regard des gens », explique Marie-Noëlle Desmoulière, paroissienne de Bourganeuf.
Un retrait qui entraîne une appréhension qui entraîne un retrait d'autant plus grand.
C'est donc pour défaire ces sentiments que paroissiens et membres de la communauté turque se sont réunis autour de Christophe Roucou.
« On est devant le défi de vivre ensemble avec des cultures différentes. C'est très nouveau. Et la réussite de ce défi passe par trois points : connaître la tradition de l'autre, se connaître et se reconnaître différent », commente le conférencier.
Le débat n'est pas nouveau pas plus que la démarche. D'un côté, les catholiques qui doivent accepter que le principe même de laïcité est peu connu du monde musulman. Il n'existe d'ailleurs pas de mot pour le traduire dans la langue arabe. De l'autre, les musulmans qui souhaitent affirmer leur foi dans une société très sécularisée, laïque et de tradition catholique.
« Au départ ça n'a pas été facile car la petite taille de la commune ne favorise pas la création de liens. De bonnes relations sont nées grâce au rapprochement par le biais des écoles », confie Hamide Bilgin.
« Ce type de démarche est essentiel car on ne va pas à la rencontre de l'Islam mais des musulmans. Il y a là un véritable enjeu citoyen », explique Christophe Roucou.
Source: lamontagne